Sélection 2025

7 nouvelles artistes font leur entrée dans le fonds DDA La Réunion

Née à La Réunion, Yasmine Attoumane est une artiste plasticienne. S’inspirant de la Rivière des Galets, sur les berges de laquelle elle vit, Yasmine mène des expérimentations in situ le long des littoraux et des lits de rivières, délimitant ces sites naturels instables et fluctuants par des marquages ou des installations transitoires. Elle explore leurs frontières, notre interaction avec ces territoires précaires et le sentiment d’appartenance qui peut s’y développer. Les questions de l’habiter, du positionnement et de la rencontre avec ces territoires fragiles sont ainsi devenues des projets artistiques porteurs d’enjeux politiques et sociaux.

Ses œuvres sont souvent empreintes d’une certaine poésie, d’absurdité et de dérision, comme on peut le voir dans l’installation vidéo Starry Sky, qui évoque simultanément le sable noir de la Rivière des Galets et l’univers, en tant que métaphore d’une fenêtre ouverte sur l’infini. Cette œuvre aborde avec subtilité les notions d’appropriation, de colonisation des espaces et l’importance d’habiter l’ici et maintenant. Parallèlement, elle développe Along the Water – titre provisoire – un projet autour des rivières et des villes telles que Betsiboka, Mahajunga – la Seine, Paris – la Meuse, Maastricht – le Tembe, Maputo. Ce projet peut prendre différentes formes afin de refléter sa relation personnelle et sa pratique artistique, allant de performances-actions à des installations, des œuvres photographiques ou des objets.

Yasmine Attoumane a été sélectionnée comme première participante du programme de résidence mis en place conjointement par la Jan van Eyck Academie et l’Institut français des Pays-Bas.

Photographie © Eugénie Touzé

Juliette Dennemont est une artiste réunionnaise diplômée de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2020. Sa pratique pluridisciplinaire – peinture, dessin, installation, sculpture – s’ancre dans l’exploration des mythes, des mémoires invisibles et des imaginaires liés aux territoires. À la croisée de la culture foraine, de l’histoire de l’art, de la créolité et de l’insularité, elle développe un univers singulier, traversé de créatures hybrides, de formes flottantes et de récits fragmentés.

Juliette travaille principalement avec l’aérographe, une technique qu’elle a apprise auprès d’un décorateur forain dans le cadre de la rénovation des manèges familiaux. Cet outil, souvent associé à l’univers populaire et festif, lui permet de créer des images à la fois brillantes et brumeuses, où les figures semblent émerger ou disparaître dans la matière, comme des apparitions.

Son travail interroge la notion de présence : ce qui hante, ce qui traverse, ce qui reste en creux. Elle collecte des signes, des vestiges, des formes naturelles, et compose des récits sensibles mêlant cosmogonie, paysages rêvés et mémoire enfouie. Originaire de La Réunion, elle puise dans son environnement insulaire un lien fort au vivant, à l’oralité, à la spiritualité des lieux.

En 2023, elle a été accueillie en résidence au CAC Passerelle à Brest, où elle a initié une recherche autour de la relation entre territoire, spiritualité et formes mythologiques. Elle poursuit aujourd’hui cette démarche dans divers contextes, tissant un dialogue entre son île d’origine et d’autres géographies traversées par le sacré, le mystère ou l’étrangeté.

Emma Di Orio est une jeune artiste réunionnaise, diplômée de l’École Supérieure d’Art de La Réunion. Sa pratique, résolument polymorphe, prend le dessin comme point de départ et se déploie sur de multiples supports : peinture, sérigraphie, gravure, dessin sur papier et textile, street art, broderie, tatouage, ainsi que la musique sous le nom de Dj Virtual Malicia.

Elle se définit comme une artiste expérimentale et chercheuse. Ses œuvres abordent des thématiques souvent autobiographiques, féministes et fantaisistes, profondément ancrées dans ses origines réunionnaises. À travers elles, elle explore les notions d’identité et de singularité en construisant un univers personnel peuplé de déesses, de végétations luxuriantes et de créatures étranges.

Son travail crée des passerelles entre son île natale et le monde, voire l’univers, en reliant l’infiniment grand à l’infiniment petit, la mémoire ancestrale à des futurs imaginés, mêlant mythologies et récits futuristes fantasmés. Elle développe ainsi une narration foisonnante, à la frontière du rêve et du réel, où s’entrelacent sensibilité, couleurs pastel et thématiques contemporaines.

Aujourd’hui, Emma Di Orio mène également un travail de médiation auprès du public à travers des ateliers centrés sur sa pratique plastique et la récupération textile. Elle est à l’origine de l’association Cosmic Girl (friperie solidaire) créée en 2012, et est artiste associée à l’association Constellation, qui accompagne et soutient ses projets depuis de nombreuses années.

Photographie © Marie C 

À La Réunion, Johanna Grégoire développe une recherche centrée sur la canne à sucre, envisagée à la fois comme matériau puissant et vulnérable, et comme figure symbolique chargée de mémoires intimes et collectives. Cette démarche se prolonge aujourd’hui dans une dimension appliquée et prospective à travers un projet de biomatériau à base de canne, incubé à la Technopole de La Réunion pour les deux prochaines années, à la croisée du design, de la recherche scientifique et des enjeux de transition écologique.

Liée à la Martinique par son histoire familiale, l’artiste s’appuie sur une mémoire transmise et sur des recherches menées au sein d’anciennes plantations et distilleries. À travers des temps d’enquête et de résidence, elle en extrait matières, fibres et récits. Ses objets interrogent l’héritage colonial et les imaginaires créoles, mettant en lumière les traces culturelles laissées par la canne à sucre dans les territoires ultramarins.

En collaboration avec des laboratoires scientifiques, des structures de recherche artistique et agricole, ainsi que des artisan·es et architectes locaux, elle explore la plante dans toutes ses dimensions. Par des procédés d’extraction, de tressage ou de cristallisation, ses objets incarnent une transformation et une émancipation symboliques.

Ses projets expérimentaux participent ainsi à l’élaboration d’une « pensée créative créole » en mouvement, où le design devient un outil de transmission, de (ré)activation et de dialogue entre formes, usages et récits.

Magalie Grondin est une artiste pluridisciplinaire née à l’île de La Réunion. Diplômée de l’École Supérieure d’Art de La Réunion en 2021, elle s’est d’abord formée à la céramique et au design avant d’orienter sa recherche vers une pratique artistique élargie. Son travail combine installation, volume, dessin, vidéo et performance, et explore les relations entre mémoire, histoire et imaginaire dans l’espace de l’océan Indien.

Son travail s’ancre dans son identité de femme réunionnaise, marquée par l’exil familial de 1976 et par l’héritage colonial. Elle interroge les mémoires créoles et les processus de créolisation indo-océanique à travers une approche décoloniale et féministe, en faisant dialoguer récits intimes et mémoire collective.

Dans le prolongement de son exposition Fonnkèr La Line (Fondation H, Paris, 2024), son projet Au chant des Sirènes (2025–2026) s’inscrit comme une recherche écoféministe au long cours menée à Madagascar, à La Réunion et à Mayotte. Ce projet tisse un réseau à la fois poétique et politique entre les îles et les femmes, questionnant les liens entre domination patriarcale, héritages coloniaux et violences environnementales.

Originaire de l’île de La Réunion, Ambre Maillot Yong-Sang est artiste et designer. Elle se forme en design à Paris, intégrant l’ENSAAMA Olivier de Serres et l’École Boulle. Aujourd’hui, sa pratique se situe à mi-chemin entre le territoire hexagonale et La Réunion.

Les projets qu’elle mène sont marqués par une volonté d’adopter une position insulaire, articulant une démarche créative autour de son héritage culturel et historique. Elle souhaite penser et fabriquer un design créole et féministe afin de donner forme à des récits immatériels, à une mémoire fragmentaire. 

Elle s’intéresse notamment au mandaré (tressage) qui est un savoir-faire intégralement féminin en voie de disparition. Entre l’urgence de sauvegarde et de raconter, son travail souhaite finalement agir comme un faire-valoir des conteuses et tresseuses d’un territoire insulaire soumis à un contexte postcolonial, dans une forme d’hybridation de la matière et de l’oralité.

Enfin, sa méthodologie s’ancre dans un rapport intime et sensible au territoire, modelant ses projets de l’origine conceptuelle à la réalisation matérielle, dans une forme de pratique située, de « pratique-paysage ».

Photographie © Pokou Studio

Raphaëlle Von Knebel est née en 1996 à Saint-Pierre, à l’île de La Réunion. Son travail est exposé en France et à l’international. Elle est diplômée de la Haute École des Arts du Rhin, de l’Institut Supérieur des Arts et du Design de Toulouse et d’un master à la Design Academy Eindhoven aux Pays-Bas.

Son projet de diplôme Voices of the Island a été exposé à la Dutch Design Week. En 2024, elle est lauréate du programme collaboratif de résidence itinérante « Chemin des Affinités », qui réunit le réseau Arts en Résidence et plusieurs centres d’art.

Soutenue par Culture Move Europe, Raphaëlle Von Knebel poursuit son travail collaboratif au MadEmergent Art Center aux Pays-Bas. Elle participe à la communauté transdisciplinaire MakerFaire mêlant art, science et robotique. La même année, elle est lauréate du programme Ondes, ainsi que du programme 2-12 à la Cité Internationale des Arts à Paris.

Invitée à l’exposition collective Machine Sensible, présentée dans le cadre du festival Viva Villa, elle y rejoint d’autres résidents de la Casa de Velázquez, de la Villa Kujoyama et de la Villa Médicis.