Esther Hoareau

UP. 04.11.2021

Symphonie (Belova)

Symphonie (Belova), 2011
Extrait. Vidéo, 2 min 47 s en boucle.
Aide à la création 2011, DAC océan Indien.

Exposition collective Tu me montres les continents, je vois les îles, commissariat Julie Crenn, Antre Peaux, Château d’eau-Château d’art, Bourges, 2023
Photographie © Margot Montigny
Exposition collective Dann oui na poin bataille, hangar D2, Le Port, La Réunion, 2011


« Belova signifie en malgache « riche patrimoine, héritage important ». Ode musicale à l’apparition du règne végétal. Plusieurs versions de ce projet existent, vidéo ou installation.

Réalisé au cours d’une résidence à la plateforme de recherche Art et science sur le paysage de l’École Supérieure d’Art de La Réunion. Avec la participation de l’observatoire astronomique des Makes, le service des espaces verts de la ville du Port, l’UMR Peuplements végétaux et bioagresseurs en milieu tropical du CIRAD Réunion. »

Esther Hoareau


« (…) Sa vidéo Symphonie (2011) nous présente un laboratoire immaculé de spécimens végétaux cultivés dans des tubes à essai alignés en rangs ordonnés, suivi d’un orchestre de plantes en pot qui vibrent au son de la Symphonie n°9 « Du Nouveau Monde » d’Antonín Dvořák. L’artiste décrit la vidéo comme une « ode musicale à l’apparition du règne végétal », et l’accompagne de You Blossom (2020) – une chanson écrite et interprétée pour les plantes et les oiseaux, comme un hommage enjoué au monde plus-qu’humain.

Symphonie fait partie d’un ensemble d’œuvres photographiques et vidéographiques intitulé Belova, mot qui signifie « riche et important patrimoine » en malgache. La vidéo Ciel Étoilé (Belova) commence par un lent panoramique sur le ciel nocturne rempli de galaxies et de nébuleuses, d’innombrables étoiles au milieu desquelles brille une seule planète. À mesure que le mouvement continue, la planète apparaît et réapparaît et le spectateur se trouve propulsé se trouve pris dans un tourbillon », tandis que l’image s’accélère comme un manège de fête foraine, entraînant une sensation de vertige et de perte de repères.

L’œuvre de l’artiste regorge ainsi de références à l’exploration, que celle-ci soit spatiale, terrestre ou océanique. Outre la série Belova, citons notamment les sculptures La Fusée en béton (2013) et La Fusée en cristal 2021, qui consistent en des maquettes de fusées spatiales en ciment ou incrustées de gemmes. Dans le même ordre d’idée, la bande-son d’Organ comporte un extrait de la mission lunaire Apollo 11 conduite par la NASA. Le choix de la Symphonie « Du Nouveau Monde » de Dvořák, interprétée par des plantes tremblotantes, est particulièrement pertinent : en effet, le compositeur y évoque les mélodies folks américaines et les spirituals afro-américains que ne connaissaient pas les Européens à l’époque. (Pour l’anecdote, l’astronaute Neil Armstrong apporta un enregistrement de cette symphonie lors de cette première mission sur le sol lunaire.)

Ces aventures exploratoires peuvent être interprétées comme une forme d’échappatoire, mais aussi comme un reflet de la découverte et de la colonisation de La Réunion. Elles permettent d’établir une distance vis-à-vis de notre environnement afin de mieux le comprendre. L’œuvre d’Esther Hoareau fait fusionner le réel et l’imaginaire et, ce faisant, nous propose une convergence du passé, du présent et des futurs possibles. Elle cartographie une terra incognita de sa propre conception, traduisant ainsi une familière étrangeté qui nous permet d’interroger nos perceptions et idées préconçues. Comme la poussée et la traction qu’exerce une île, son œuvre nous encourage à explorer de nouveaux territoires tout en nous réattirant sans cesse vers ses rivages. »

Alexandra McIntosh, 2024
Extrait de Esther Hoareau - Imaginaires spatiaux
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