Jean-Claude Jolet | Textes critiques de la scène réunionnaise

Par Julie Crenn

2019

Pression — Le piège, 2013
Sculpture en contreplaqué.
Exposition Le tropisme du lambrequin, musée Léon Dierx, Saint-Denis, La Réunion, 2013.

Depuis une quinzaine d’années, Jean-Claude Jolet développe une réflexion sur le métissage culturel et l’identité créole. Une identité, qui, selon son usage, peut s’avérer être un piège comme en atteste l’œuvre intitulée Pression (2013). Conçue comme un piège à collet monumental, l’œuvre traite de l’enfermement et de la dangerosité que peut induire une identité lorsqu’elle est politiquement manipulée et déformée. Afin de ne pas tomber dans ce piège, l’artiste s’emploie à étudier les survivances de l’histoire coloniale de l’île de La Réunion. Il fixe son attention sur un motif : le lambrequin. Un motif, développé en frises sur les frontons des maisons créoles, que l’on pense créoles, mais dont l’origine est pourtant européenne. Paradoxe de l’Histoire, le lambrequin est aujourd’hui synonyme d’exotisme aux yeux des occidentaux. Ce phénomène d’acculturation contient une violence, celle de la colonisation, que l’artiste transpose en sculptant le motif du lambrequin dans la peau animale. Il donne littéralement corps et chair à cette histoire qu’il va étaler dans l’espace, confronter à l’océan ou bien enfermer dans des tubes de verre rempli d’alcool. Jean-Claude Jolet traverse ainsi plusieurs dimensions : (néo)coloniale, architecturale, culturelle, migratoire, commerciale, corporelle et ethnologique. L’identité créole n’est pas un méli-mélo comme le souligne l’œuvre intitulée Torsion (2012), le moulage en plâtre d’une machine à laver dont la surface est colonisée de masques, de statuettes et de bas reliefs issus de différentes cultures et religions. En décortiquant l’histoire et les éléments visibles de la créolisation, l’artiste amène une juste distance et une juste mesure auprès d’un imaginaire collectif en proie au gommage, à l’oubli, aux amalgames et aux revendications faussées.

Torsion, 2013
Sculpture, moulages en plâtre et palettes, 65 x 90 x 50 cm.