Souvnans | Je me souviens
Je me souviens des soirs de cyclone, des pannes d’électricité,
Je me souviens de l’odeur et du cri des bougies que les enfants soulagés éteignent avec les doigts quand la lumière retrouve enfin sa prison de verre.
Je me souviens de la finesse d’orfèvre d’une dentelle
Je me souviens d’une robe pas tout à fait blanche selon ma sœur
Je me souviens d’une robe pas tout à fait beige selon moi,
Je me souviens de la couleur de la robe et de ma joie « blanc cassé », de pouvoir enfin la porter.
Mi rapèl lo karo glasé sou mon pyé
Mi rapèl dolo glasé si mon né
Mi rapèl tout lo zoli lo zès néninn déryér rosalavé
Mi rapèl son baté régilyé
Mi rapèl lo pwa lo basine
Mi rapèl fourmi si mon pyé
Mi rapèl dann mon kér :
« néninn1
, sa pa travay po donn amwin po fé, amwin mi vé vèy aou fé, mi vé zis
véyé.
Lé tro zoli konman ou fé ! »
Mi souvyin la raz dann mon kér, lo ros dann mon min
Baro blan gran rouvér
Somin an pant gran dézér,
Mi souvyin lo ros la po ni an pousir
Krazé mon kér po mon larm pa koulé
Krazé mon kolér fane ali dann krwazé
Po arni in tifiy byin apri, byin élvé
Je me souviens de la rage inondant mon corps
Je me souviens de la rage inondant mon cœur
Je me souviens d’une roche dans ma main,
Je me souviens d’un portail toujours ouvert, en tout cas difficile à fermer
Je me souviens du chemin en pente, désert
Je me souviens du bruit sourd de la roche qui écrase la poussière
Du bruit sourd de mon cœur qui écrase sa colère
Je me souviens d’un portail silencieux et d’un chemin solitaire
Je me souviens d’une petite fille qui rentre quand elle est redevenue ce qu’ils en ont fait.
Florans Féliks, 2024-2025