Langue véhiculaire

Langue véhiculaire, 2018
Images extraites de la vidéo
Vidéo, 2 min 14 s.
Collection Université autonome de l’État de Mexico


Vue de diplôme (DNSEP) École Supérieure d’Art de La Réunion, Le Port, 2018.
Photographie © Geneviève Alaguiry


« (…) Après une série d’œuvres autobiographiques portées sur ces questions migratoires, l’artiste ouvre la question de la famille et des héritages, jusqu’à développer aujourd’hui de nouvelles voies d’exploration autour du langage.

“ L’origine de la langue est une question à laquelle personne ne peut véritablement répondre ”, nous dit-elle. Cela se construit sur des apports ou des manques, des besoins vitaux ou des nécessités, des défis.

Dans Façon né (2017), Baleineaux (2018), Langue véhiculaire (2018), ou les séries Pars Cours (2017-2018), l’artiste opère des plans fixes sur des enjeux de familles, projetés sur des architectures de constructions plus ou moins précaires (cimaises, cubes en équilibres). Hésitations, silences et interrogations pointent les liens rompus, ceux à rétablir et questionnent la filiation : par quoi se tisse-t-elle ? Où se place la mémoire ?

KMVH rencontre parallèlement, au fil de son parcours réunionnais, des gens de diverses nationalités. Étrangers mexicains, Congolaises, Colombiens… « Je les appelle “les nouveaux créoles” », dit-elle. Dans Wang Thea and Zhoa Song Lin (2017) par exemple, le focus se déplace sur ces autres et la manière dont ils se construisent, avec leurs bagages, leurs histoires, leurs présents, leurs espoirs, et ce par quoi la rencontre est rendue possible… ou non.

Dans La Kour des Kerels (2018-2019) enfin, série de vidéos produites à l’occasion d’une résidence en territoire scolaire, c’est suivant un protocole de mise en dialogue ou portraits-témoignages de jeunes adultes aux cheminements pluriels que l’artiste capture ce qui au fond se vit et s’évoque sans véritablement se dire, encore moins se parler, s’échanger, se comprendre.

L’œuvre de KMVH veut ainsi mettre en lumière des parcours divers, parfois cabossés mais toujours résistants, en quête d’espaces où être et de mots perdus, cachés sous les valises, interdits ou attendus, transpirés par les mains ou criés par les yeux, les mots qu’il leur – et qu’il nous – reste à retrouver, et encore à apprendre.

Une œuvre qui se nourrit ainsi d’une intelligence intuitive, expérientielle et empathique, qui contient du politique à la fois dans ce que la perte comporte de charge intime, sociale et sociétale, et dans ce que ce qui résiste transmet de valeurs pour se rencontrer à nouveau… être à soi et au monde, et prendre place. »

Leïla Quillacq
Extrait, KMVH, 2019
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