Stéphane Kenkle

UP. 27.06.2023

Lèvtèt

Lèvtèt, 2022
Avec Kako
Série de tirages numériques (3 ex), 120 x 180 cm.



Exposition collective Agir dans son lieu, commissariat Julie Crenn, CAC La Traverse - centre d’art contemporain d’Alfortville, 2025
Photographies © Marc Domage


« (…) À partir de 2019, les recherches de Kenkle sur l’art s’avèrent parfois encore plus radicales et notamment influencées par la pensée de Philippe Descola, cherchant avec lui à montrer que la distinction entre nature et culture n’est pas universelle, mais plutôt une construction sociale et culturelle variable. Depuis janvier 2019, avec son ami artiste Kako, il développe la « Kour Madam Henri » à Montvert les Hauts (La Réunion) et s’éloigne de la peinture. Ensemble, ils cultivent une parcelle anciennement dédiée à la culture intensive de la canne à sucre afin de la rendre à la nature et de produire des légumes biologiques. Ce terrain de jeu devient une sorte de toile, un nouveau moyen d’expression qui pourrait rappeler certaines pratiques conceptuelles ou du land art, mais aussi les recherches du paysagiste Gilles Clément et son “ jardin en mouvement ”. Il s’agit d’un retour à la terre, d’une période pendant laquelle créer n’est plus synonyme d’objet mais de vivant. Les deux artistes, qui ont rédigé un manifeste à leur projet, introduisent leur texte avec une citation du sociologue Edgar Morin : “ Nous avons besoin de vivre dans des petites oasis de vie et de fraternité. ” Ce choix apparaît très révélateur de l’intention, car Edgar Morin, bien que n’ayant pas spécifiquement centré ses travaux sur la nature, propose une approche de la pensée complexe, interdisciplinaire, et axée sur les relations entre les éléments. Cette perspective s’applique de manière pertinente à l’écologie dans la reconnaissance de l’interconnexion et l’interdépendance des divers éléments d’un écosystème. Ainsi, ses idées offrent un cadre conceptuel pour aborder de manière holistique l’étude et la préservation de la nature. C’est dans cette logique que Kenkle utilise alors la photographie et met en scène des autoportraits avec son camarade Kako. Dans des situations incongrues, parfois amusantes, le duo se fond dans la flore et la production agricole qui résulte de leur labeur dans les champs. Des brèdes et des salades deviennent des personnages et nourrissent l’obsession de l’artiste pour le portrait. Le vert est omniprésent et luxuriant. (…) »

Loïc Le Gall
Extrait de Les histoires de peintures de Stéphane Kenkle, 2024
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