Alice Aucuit

MÀJ. 07.06.2023

Archéologie absente

Archéologie absente, 2013
Installation, porcelaine, grès, objets divers.
Exposition Archéologie absente, acte I de la résidence « Atèr la, céramique », commissariat Laetitia Espanol, musée de Villèle, Saint-Paul, La Réunion.

Ombline

Ombline, 2013
Installation, grès émaillé, or.
Maison des maîtres, musée historique de Villèle, Saint-Gilles les Hauts.
Ombline, 2013
Grès émaillé, or, hauteur 30 cm.
Portraits de famille, 2013
Porcelaine émaillée, monotype, transfert sépia, chromos, or, dimensions variables.

Priez pour vous, 2013
Porcelaine, engobe, hauteur 40 cm.
Portraits de famille, 2013
Détail. Porcelaine émaillée, monotype, transfert sépia, chromos, or, dimensions variables.
Dessin préparatoire

Mariage à la chaîne

Mariage à la chaîne, 2013
Porcelaine, grès émaillé, transfert sépia, hauteur 80 cm.
Arrière-plan : Ganesha.
Hôpital des esclaves, musée historique de Villèle, Saint-Gilles les Hauts.
Dessin préparatoire

Réinstallation de la pièce dans les jardins du musée de Villèle dans le cadre du festival nocturne Nuit d’art de Pleine Lune de l’association Cheminement(s).


Ganesha

Ganesha, 2013
Biscuit de porcelaine colorée dans la masse, feutrine, hauteur d’une sculpture 7 cm.
Réinstallation dans le cadre de la Nuit d’art de Pleine Lune.

Vue d’atelier


Bizness Slave

Bizness Slave, 2013
Installation, os en porcelaine, outils en grès, coton, sucre, clou de girofle, poivre, vétiver, safran, vanille, café, cages en bambou, dimensions variables.
Hôpital des esclaves, musée historique de Villèle, Saint-Gilles les Hauts.
Asservissement, 2013
Biscuit de porcelaine, grès, acier, dimensions variables.
Production, 2013
Cages en bambou, épices, dimensions variables.
Domination, 2013
Grès émaillé, dimensions variables.
Dessin préparatoire

Archéologie absente

« Mme Desbassayns alias Ombline Marie Anne Thérèse Gonneau-Montbrun est un personnage ambigu de l’histoire de La Réunion, tantôt providentielle, tantôt démoniaque. Sa mère meurt en lui donnant la vie en 1755. Son père la marie par intérêt très jeune à son riche ami de 23 ans son aîné. À peine lettrée, pieuse religieuse, elle remplit son rôle de femme : se soumettre à l’autorité de l’homme, s’occuper des affaires domestiques et élever le plus d’enfants possible. Elle devient veuve à 40 ans et meurt en 1846 à l’âge de 92 ans.
Comment ce personnage est-il devenu le symbole de cette période obscure, alors qu’à l’époque la femme est considérée comme inférieure à l’homme ? L’intérêt de l’artiste pour la place de la femme à travers les âges a certainement été le déclencheur de ce travail. Comment se fait-il que cette figure féminine catalyse presque à elle seule l’atrocité de ce trafic humain ? Kerveguen, Hoareau, Cadet, Dayot, le curé et même Célimène étaient propriétaires d’esclaves. Pourtant aujourd’hui certains donnent leur patronyme en mémoire à des lieux culturels, d’autres deviennent des figures de la lutte contre l’esclavage.
(…) Sur la commode le cœur noir d’Ombline repose comme une relique. Habituellement représenté en rouge pour signifier la vitalité et la passion, le cœur est ici représenté en noir, couleur du mystère et de l’intériorité.
Au-dessus est accrochée une série de médaillons constituée de personnages familiaux, de gravures de l’époque et d’éléments biographiques de la vie de Mme Desbassayns. En observant de plus près on remarque qu’ils sont sertis de dents, ce qui contribue à une ambiance de malaise…
Des motifs de têtes de morts, des citations du code noir, des représentations de négriers sont associés à des motifs floraux, évocation des tapisseries bourgeoises, ou encore à de célèbres vers de poètes et écrivains qui sont passés sur l’île et ont manifesté leur enchantement :

« Là tout n’est qu’ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté. »
Charles Baudelaire, « L’invitation au voyage », dans Les Fleurs du mal, 1857.

« Verdure éternelle, printemps perpétuel »
Bernardin de Saint-Pierre.

L’évocation d’Adam et Ève dans l’un des médaillons fait référence à l’omniprésence de la religion chrétienne au domaine. Mais replacée dans le champ de recherche de l’artiste (la représentation et la place de la femme dans la société à travers les âges), cette référence est aussi un parallèle entre Ève qui est tenue responsable du péché originel de l’humanité et Mme Desbassayns qui symbolise à elle toute seule l’atrocité de l’esclavage. Alice Aucuit veut ainsi mettre l’accent sur le fait qu’à travers les âges, la femme est souvent diabolisée et utilisée pour catalyser tous les travers de la société.
(…) Au-delà de la propriétaire d’esclaves, rigide et autoritaire, Alice Aucuit cherche également dans le personnage d’Ombline l’expression de la femme avec toutes ses fragilités et ses désirs.
Les formes organiques indéfinies sur le lit d’Ombline révèlent une certaine sensualité cachée dans des formes ambigües qui entrent en opposition avec la rigidité supposée du personnage. Ainsi, certaines formes qui peuvent évoquer la chair dans son intimité évoquent aussi le noir du chabouk. Les formes rondes et roses augmentées de formes plus oblongues, desquelles s’échappe un liquide blanc, peuvent évoquer la sensualité d’un sein qui libère encore le lait maternel ou la sensualité d’un phallus… L’araignée noir et or représente le tissage d’une fortune obscure et permet, par la référence à Louise Bourgeois, de souligner l’ambiguïté du personnage de Mme Desbassayns, à la fois protectrice et prédatrice.
Les araignées, tisseuses, mettent en évidence la duplicité de la maternité : la mère est à la fois protectrice et déprédatrice. L’araignée utilise la soie pour fabriquer le cocon mais aussi pour capturer sa proie ; la maternité incarne ainsi force et fragilité. Ces ambiguïtés se reflètent avec intensité dans cette araignée, abominablement soutenue par des pattes évoquant des arcs gothiques et fonctionnant en même temps comme une cage, un terrier protégeant un sac rempli d’œufs adhérant dangereusement à son abdomen. Elle provoque peur et panique mais sa hauteur imposante, en équilibre surprenant sur des pattes légères, transmet une vulnérabilité presque émouvante. »

Laetitia Espanol, Atèr là, céramique, 2015.