Majik Kwir
Majik Kwir, 2023
Avec Brandon Gercara
Dessins numériques pour l’ouvrage Majik Kwir, éditions FRAC Réunion, 2024
Production FRAC Réunion
« Majik Kwir est un univers de création imaginé par Brandon Gercara, qui se déploie sous la forme de livres, d’illustrations, de photographies, de performances, de films, d’expositions et de festivals. Son noyau est constitué d’une suite de contes LGBTQIA+ réunionnais. Cette mythologie queer explore les identités flamboyantes de sept protagonistes qui se sont donné·es pour mission de sauver Kwirdom des discriminations. Kwirdom est un univers alternatif, un monde où l’on s’affranchit des dominations.
Les super-héro·ïnes voyagent à travers le temps, de la période coloniale à un futur hypothétique, pour combattre les haines grâce à la magie et à la force de leurs identités. Majik Kwir s’attache à fabriquer des récits d’émancipation et cherche à repeupler positivement des imaginaires collectifs traumatisés.
Le projet a pour ambition de permettre aux communautés LGBTQIA+ réunionnaises de retrouver un attachement à une histoire fantasmée plutôt qu’effacée. »
(4ème de couverture de l’ouvrage)
Crédits
Écriture : Brandon Gercara
Photographies : Brandon Gercara & Ugo Woatzi
Illustrations : Emma Di Orio
Coordination éditoriale : Claudine Serre
Conception graphique : Pascal Knopfel
Édition : FRAC Réunion
Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Région Réunion
« (…)
MR
La kwirness 1
traverse l’ensemble de ton travail sans que cela soit expressément dit ou revendiqué. Tu as d’ailleurs contribué au projet Majik Kwir porté par Brandon Gercara, notamment en réalisant les illustrations du livre éponyme. Quel est ton lien avec cette communauté ?
EDO
Pour moi, cette question fait écho au sujet qu’on vient d’évoquer : la diversité des formes d’expression du vivant est essentielle et participe d’une forme de co-création permanente. J’ai toujours été entourée de personnes de cette communauté, et moi-même j’en fais partie, puisque mes attirances romantiques ne sont pas définies par un genre précis. Au-delà de ça, je n’ai jamais compris pourquoi cette communauté était invisibilisée voire maltraitée, donc j’ai toujours été en soutien.
La notion de kwirness est aussi présente dans mon travail, mais de manière plus souterraine. Parfois, il y a des choses que je n’ai même pas envie de verbaliser parce que je les considère comme évidentes : la diversité, la différence, l’hybridité. J’entends par là l’hybridité des formes, des corps, des espèces, des genres et des expressions romantiques et sexuelles. Dans la kwirness, il y a cette idée de fluidité entre les genres, mais aussi entre toutes ces catégories. C’est aussi en ce sens que mon travail est kwir : je n’aime pas les choses figées, j’aime ce qui bouge, ce qui change, ce qui vit. Les espaces kwir sont très importants pour moi parce que ce sont des espaces où l’on peut s’exprimer de manière très libre. J’adore aussi toute la flamboyance qu’il y a autour de cette communauté. Les soirées LGBTQIA+, ce sont des endroits où je me sens bien, où je m’amuse et où je me sens en sécurité. Bien sûr, tout n’est pas parfait, mais c’est une communauté qui a tellement souffert qu’elle est aujourd’hui dans une dynamique d’amour, de douceur et de réparation. Et c’est aussi pour ça que les luttes kwir sont souvent mises en lien avec les pensées décoloniales : elles interrogent toutes deux les systèmes d’oppression, les normes imposées et la manière dont certaines identités ont été marginalisées. Elles partagent cette volonté de déconstruire ce qui est considéré comme « normal » et d’ouvrir des espaces de réparation, de pluralité et de liberté. Ce qui me fascine aussi, c’est leur force d’expression : dans les shows, la musique ou les engagements, il y a quelque chose de très puissant, de très vivant. Pour moi, c’est ça la résilience. Et j’adore tout ce qui est drag. C’est profondément artistique, ce sont de vrai·es plasticien·nes de l’image et du corps. C’est un univers fantastique, flamboyant, qui laisse une grande place au rêve. Dans les performances drag, on incarne des créatures, des personnages, parfois des extraterrestres… Il y a une liberté totale dans la transformation et dans l’expression de soi. (…) »
Extrait de Conversation avec Emma Di Orio, par Mathilde Rousselie, 2026
Lire la transcription complète
- Traduction créole de queerness ↩