Florans Féliks

UP. 04.03.2026

L'arbre-peau

Victor Hugo a dit : « Je ne peux plus regarder une seule feuille d’arbre sans être écrasé par l’univers ».

Immensité de la relation à l’arbre !
La relation à l’arbre ne peut être qu’asymptotique. On ne peut que s’entre taire, s’entre poser, s’entre tenir, s’entre voir avec l’arbre.
Alors, tenter de s’approcher de l’arbre, savoir s’approcher de l’arbre et s’arrêter, tout près.

Savoir s’approcher de l’arbre en s’arrêtant. En arrêtant de savoir tout ce que l’on sait, de lui, de nous. S’approcher de l’arbre dans cette nudité et provoquer chez l’arbre et chez soi une joie immense. Sentir la joie immense de l’arbre devant notre nudité.

Mais sentir, c’est être DEDANS.

Mettre des gants, prendre mille précautions pour tenter de toucher l’arbre, l’arbre-peau, avec moi-peau, avec la simplicité, la nudité de mon enveloppe quotidienne et viscérale. Le contact de la main n’ouvre pas forcement sur l’arbre. La main ne nous donne pas forcément un toucher-arbre, ne nous met pas dans la peau de l’arbre. Alors laisser l’arbre nous toucher à travers son écorce, au travers chaque membrane de chacune de ses cellules d’écorce, être touchée à la façon arbre.

Mais être touchée par l’arbre c’est être DEDANS.

Ouvrir nos oreilles aux oreilles de l’arbre, prendre mille précautions pour écouter l’arbre depuis son enveloppe quotidienne d’écorce. Laisser l’arbre écouter les bruits de ma présence derrière mon enveloppe quotidienne et viscérale depuis son enveloppe d’écorce : les sons étouffés de mes pas, de mon cœur, de mon souffle, de ma voix.
Retenir mon souffle, mon cœur, ma voix et entendre l’appel de l’arbre, son inspiration, son oracle sacré. Inspirer l’arbre, être l’inspirée de l’arbre et attendre l’expiration de sa parole me transformer en devin comme dans la Grèce primitive (Vates). Attendre, entendre patiemment la parole de l’arbre pour la voir transcrite comme autant de « carmen » (texte sacrés, incantation, parole magiques, charmes) sur son écorce-livre (liber), et dans l’empreinte qu’il laisse sur mon enveloppe quotidienne et viscérale.
Mais écouter l’arbre, c’est être DEDANS.

M’entretenir debout devant l’arbre, le laisser être debout de toute sa verticalité. Sentir de toute mon enveloppe viscérale et quotidienne, de tous les liquides de mon enveloppe, sa verticalité se jeter dans le ciel. Remonter, à 10m/heure sous l’écorce le long fleuve jusqu’à 100m de hauteur ; redresser avec son écorce chaque branche qui s’éloignent trop de cette verticalité… me jeter avec elles lentement comme mille ruisseaux dans le ciel.

Et suivre en redescendant la lente course du fleuve à travers mon écorce, à travers toutes les membranes des cellules de mon enveloppe quotidienne.
Mais s’entre-tenir debout avec l’arbre, se jeter dans le ciel de l’arbre, c’est être DEDANS.

Alors devenir l’arbre, être l’homme-arbre (maladie de lewandowsky-lutz), et prendre la peau de l’arbre, laisser l’arbre me donner sa peau. Avoir lentement l’écorce de l’arbre sur les pieds sur les mains sur le visage. Laisser mes pieds, mes mains, mes oreilles, mes yeux s’ensevelir sous l’écorce de l’arbre. Perdre les sens qui me font percevoir du DEDANS un DEHORS de l’arbre… et devenir le corps absent de l’arbre, un cocon d’arbre, d’arbre papillon, d’arbre « papillomavirus ».
Mais sentir, être DEDANS ne peut se vivre qu’avec l’interface du DEHORS.

Alors, créer l’arbre-peau, l’arbre-pot, l’arbre-contenant, l’arbre-enveloppe, l’arbre-écorce… l’arbre-liber, l’arbre-livre pour parler de l’immensité de la relation à l’arbre.

« Je ne peux plus regarder une seule écorce d’arbre sans être enveloppée par l’univers »

Embrasser l’arbre, être contenu par lui, le contenir, embrasser l’arbre c’est être DEDANS et DEHORS.
On ne peut qu’entrer & taire, qu’entrer & tenir, qu’entrer & voir, qu’entrer & poser, &&&&&

Alors, créer l’arbre-peau, l’arbre-pot, l’arbre-contenant, l’arbre-enveloppe, l’arbre-écorce… l’arbre-liber, l’arbre-livre pour parler de l’immensité de la relation à l’arbre.

Florans Féliks, 2020-2021