Cent titres
Images extraites de la vidéo
Exposition collective Vague silencieuse — Mouvements d’images & de révoltes, commissariat Leïla Payet, galerie de l’École Supérieure d’Art de La Réunion, 2019.
Photographies © Leïla Payet
« Cette vidéo a été réalisée sur une plage de sable noir de l’île de La Réunion, ici seul le corps s’exprime, il le fait par un langage poignant : les bras sont liés et la tête frappe le sol pour tenter de s’enfoncer fermement. Une trajectoire apparaît dans la répétition du mouvement. Le corps ne semble pas pouvoir communiquer autrement, en prise avec la folie. »
Leïla Payet
Le processus d’acculturation
« KMVH est en quête d’une identité, d’une appartenance à un territoire. Née à l’île Maurice, elle a grandi au Congo, puis s’est installée à l’île de La Réunion avant de retourner vivre sur son île natale. Elle propose à travers son travail une réflexion sur l’expérience de l’expatriation. Ces déplacements géographiques souvent vus comme de riches expériences peuvent être vécus comme un déracinement culturel. C’est à partir de son expérience personnelle que l’artiste met en exergue les complexités qui découlent de ces migrations. Quelles que soient les raisons de ces déplacements, deux cultures se confrontent et donnent lieu à un processus d’acculturation.
Ce processus désigne l’assimilation des valeurs culturelles étrangères à la sienne et engendre un ajustement de son comportement vis-à-vis de l’autre et de ce nouvel environnement. Il faut pouvoir s’adapter à de nouveaux espaces, à un nouveau climat, à de nouveaux paysages sonores, à de nouvelles habitudes de vie, à de nouvelles façons de penser, à de nouveaux modèles de comportement, et parfois, à une nouvelle langue. Tous ces facteurs interrogent l’artiste sur sa propre identité et sur la difficulté de se raccrocher à un territoire : « À quel territoire pourrais-je bien appartenir ? À quelle culture ? »1
L’idée de « prendre racine » et d’appartenance à un territoire prend forme dans ses performances vidéos comme Souffle (2015), où les pieds de KMVH ancrés dans le sable, le corps lutte contre le vent pour garder sa verticalité, ou encore, Cent titres (2015), où il cherche désespérément à s’implanter au sol dans un geste répétitif et insistant. La tête s’enfonce dans le sable noir laissant une empreinte sur son passage tandis que le visage de l’artiste garde les traces de cet acte par la présence des grains de sable qui s’accrochent à sa peau. Ainsi, le sol et le corps gardent les marques de ces interactions laissant des empreintes mutuelles. Ces territoires finissent alors par faire partie de nous et par participer à notre construction personnelle.
Au-delà des problèmes d’intégration, la répétition du geste évoque la notion de cycle qui accompagne ces déplacements géographiques : il y a tout à recommencer, tout à réapprendre, tout à découvrir. Chaque culture porte un bagage d’idées préconçues, de croyances stéréotypées souvent remplies de clichés. Des représentations sociétales qu’il faut être prêt à démystifier.
Ces confrontations font également prendre conscience de notre position sociale. Ils nous mettent face à l’image que nous renvoyons à l’autre et viennent modifier notre représentation de soi. « Être née quelque part pour grandir ailleurs, j’ai appris à marcher, à parler sur ce gros caillou, je n’ai jamais été autant chez moi ailleurs. Pourtant mes petits camarades tentaient à tout prix de me faire sentir que je n’étais pas d’ici, je les perturbais, légèrement trop claire de peau, ils ne savaient pas où me positionner », relate KMVH sur son enfance au Congo2
. Ce qui est dit, est que se conformer aux normes sociales d’un pays ne suffit pas toujours. Les différences et l’endroit d’où nous venons amènent parfois à des situations d’incompréhension, voire de rejet. (…) »
Ève-Marie Montfort
Extrait de KMVH | Déracinement et acculturation, 2022
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