Équilibre

Équilibre, 2013
Diptyque de photographies-performances
Tirages numériques (5 ex.), 180 x 65 cm.
Photographies © Reynald Alaguiry


À gauche, performance Danse, 2013
À droite, performance Fragilité, 2016
École Supérieure d’Art de La Réunion, Le Port.

Détail de la performance Fragilité

Exposition collective Borderline[s] 2, The Granary Building, commissariat The Third Dot, Port Louis, Maurice, 2019
De gauche à droite : Partir, Women Immigrant, Équilibre, Langue véhiculaire.


« Là où sont mes pieds, je suis à ma place », dit un proverbe amérindien, que l’on pourrait aisément retranscrire en tant que questionnement social, politique et philosophique traversant les œuvres de KMVH.

Jeune artiste protéiforme, elle aime travailler ce qui, dans les liens, les rapports à soi – à l’autre – à l’espace et au monde, coince, bredouille, fait obstacle, se confond, se contourne, s’affronte, se traverse, et agit. Ce qui à la fois se dresse et chute, se gagne et se perd dans l’errance – les parcours intimes et collectifs, et la transmission.

L’artiste développe ainsi une œuvre photographique et vidéo-performative dans laquelle elle se met d’abord en jeu, comme à déjouer les intrigues d’une mythologie personnelle en proie à l’exil : à partir de quels repères légués, érigés ou démolis nous nous construisons. C’est ce qui touche à l’identité : sur qui nous sommes compris par d’où nous venons, et sur la place que l’on se fait ailleurs. Quitte à jouer des coudes.

Née à l’île Maurice en 1984, ses parents migrent au Congo à sa naissance. Quand la guerre civile éclate en 1994, elle les suit pour « un retour au pays » natal induisant de se réintégrer dans un « chez-soi » familièrement étranger. Cela passe par la langue, l’école, ce qu’il reste de traditions culturelles à s’approprier, mais surtout par soi, seule, face à ce qui ne vous a pas attendu. Un troisième épisode migratoire l’amène plus tard à La Réunion, territoire français, avec la famille qu’elle se sera elle-même construite. À nouveau étrangère sur une île dite « sœur », mais si lointaine. Et à nouveau les combats pour tenter d’y enraciner son corps, son histoire, son avenir.

La question du déplacement – comme droit fondamental et proprement humain – et de ce qui entrave le mouvement, délimite et détermine le corps à la fois intime et social, se retrouve ainsi dans ses premières productions. Dans Danse (2013), Fragilité (2014), Équilibre (2015), 47 minutes et 37 secondes (2015), Cent titres (2015), Moris, Mada (2015) ou Immigrant Women (2017), par exemple, il s’agit alors de voir comment transiter, bifurquer, semer ou affronter, résister – tenir debout et retenir l’empreinte… pour continuer la marche. Choisir sa posture et la tenir, au risque de l’épuisement, du recul, de la chute… Courber mais ne pas rompre. Les décors sont souvent des non-lieux, soit un rappel à la mer, à la page blanche, ou au fond noir. (…) »

Leïla Quillacq
Extrait, KMVH, 2019
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