Leïla Payet

UP. 11.08.2026

Indicible

Indicible, 2008
Vidéo autofilmée, 57 s.
Musique Tibo Lambert

« (…) Au fond, il a toujours été question de cette impossibilité de dire et d’être entendu·e. Déjà dans les œuvres des premières heures, toutes réalisées entre 2008 et 2009, l’artiste posait les bases de cette recherche en établissant un répertoire de courtes vidéo-performances nécessitant peu de moyens. Face caméra, on peut voir son visage caché par intermittence par un ballon rose irisé qui se gonfle et se dégonfle au gré de son souffle (Petits riens, 2008). On l’entend chantonner un air un peu désabusé. Il est entrecoupé par le souffle qui pénètre dans le ballon ou s’en échappe. Par sa couleur, celui-ci prend des allures de chair, un poumon qui inspire mais aussi un cœur qui se vide…
D’autres vidéos autofilmées présentent Leïla Payet opérant des gestes anodins ou répétitifs : se débattre comme pour enlever son pull (Monster, 2008), nouer et dénouer ses cheveux (sans titre, 2008). Sous le titre Indicible, l’artiste capture sa bouche en gros plan, un orifice qui murmure des sons inaudibles et recueille toutes sortes d’objets (élastiques, pièces de monnaie, fleurs, allumettes, fils) pour les régurgiter aussitôt, parole tue et enchevêtrée. Le mur blanc était aussi celui du silence. Ce silence que l’on vous impose. Celui dans lequel on se terre, coupée du monde. Isolée, c’est-à-dire ayant pris la forme d’une île1 , ou considérée comme à part.
Le leitmotiv de l’île traverse l’œuvre de Leïla Payet, depuis l’île-trace de Protocole i jusqu’aux îlots en sucres engloutis de la série de photographies Marées hautes (2013). L’île n’est pas une simple métonymie. Si elle fait écho à l’artiste et à ses propres conditions d’existence en tant que Réunionnaise, la question de l’isolement n’est en rien territorialisée, bien au contraire, l’espace qu’elle convoque est relationnel. Cette dimension sociale et culturelle de l’espace apparaît plus clairement dans la production d’un travail vidéographique basé sur le concept de relecture des récits collectifs ou, à plus petite échelle, d’histoires personnelles. (…) »

Diana Madeleine
Extrait de Elle est une île : indicible et invisible, 2023
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L’emprunt, l’association ou l’achat, engage celle·ux intéressé·es à respecter le processus général de mon travail, soit à ouvrir la collaboration, le dialogue et/ou à engager ensemble la réalisation d’une ou plusieurs versions reformulées, qui pourra nécessiter une nouvelle production et ce, pour chaque réactivation (il s’agit d’un protocole dont le processus est sans fin, il est lieu d’accueil à la co-réalisation et à la ré-appropriation post-mortem).

  1. Isoler renvoie à l’étymologie « faire prendre la forme d’une île » (Trésor de la langue française informatisé, portail lexical du Centre national de ressources textuelles et lexicales).