Abel Techer

MÀJ. 05.02.2026

Montée de tralala

Montée de tralala, 2018
Pastel sec sur papier, 30 x 35 cm.


« (…) Ainsi, si la fluidité est centrale chez Abel Techer, c’est bien au-delà de la fluidité queer entre les genres. Comme nous l’avons vu, elle est aussi à l’œuvre entre les médiums, entre le corps et le lieu qui se fabriquent presque mutuellement ; mais encore : entre l’inanimé et le vivant.
Tout un bestiaire se déploie ainsi dans la variation. Les moutons sont tantôt monument (Territoire, 2021), tantôt animaux de chair et d’os (Les agneaux, 2021) ; la licorne écornée de Raccord (2021) se situe dans l’entre-deux, étreinte comme un animal de compagnie mais dont le regard a la fixité de la porcelaine. Dans Montée de tralala (2018), c’est le corps même de l’artiste qui se retrouve comme miniaturisé et figé dans un bibelot pastel comme on en trouve tant dans son travail, ici une composition complexe d’oiseaux au long bec.
Si ces bibelots sont considérés par la critique Elora Weill-Engerer comme « les colifichets de l’enfance1  », de même que par la curatrice Julie Crenn qui parle de « fantasmes ou de fantasmagories dont le lieu serait l’enfance2  », et qu’ils proviennent incontestablement de souvenirs intimes d’Abel Techer, ils m’intéressent non pas biographiquement mais au titre de ce qu’ils connotent en termes de valeur. Lors de notre entretien, Abel évoque cette question de la valeur, au sujet des animaux — précisément de chiens réunionnais qui l’intéressent, appelés Royal Bourbons : des « chiens bâtards errants, makot toujours, qui n’ont pas de pedigree, pas de valeur3  ». Il me semble qu’un intérêt similaire dicte la fascination persistante de l’artiste, qu’il nous fait partager, pour les bibelots de porcelaine décorative bon marché : de faible valeur d’échange et sans valeur d’usage, ils prennent symboliquement une tout autre dimension (littéralement, du fait des changements d’échelle qu’il leur fait régulièrement subir) une fois représentés, ennoblis par la peinture à l’huile, à la taille du corps humain (qu’ils absorbent) voire au-delà. Par cette transmutation, c’est une esthétique populaire qui se trouve réhabilitée, et qui éclaire les porosités explorées et défendues par Abel Techer. »

Victorine Grataloup
Extrait de Abel Techer, des bibelots pour étendards, 2024
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