Abel Techer

MÀJ . 25.10.2022

« L’autoportrait est cette étrange manière de devenir autre. »

Au côté d’une pratique qui aborde dessin, sculpture, photographie, vidéo et installation, Abel Techer montre principalement de la peinture (…). L’aspect quasiment religieux des mises en scène dans lesquelles persiste le profane du quotidien, les références nombreuses à la peinture d’église, participe de la peinture intime d’une société créole traversée par l’ambiguïté des croyances, la porosité toujours possible des espaces, la métamorphose toujours possible des corps. Une peinture où cohabitent le sublime de la transfiguration, le trivial du corps quotidien et des objets, le sacré et l’obscène, l’étrangeté queer (« Les propriétés malléables du genre »*), le réalisme et le fantastique, l’imaginaire du rêve. Abel Techer nous offre ainsi au fil des toiles, le journal très contemporain de ses transformations (…) Des liaisons souterraines ne cessent de relier sa peinture à de plus vastes contrées, irriguées par l’inconscient vivace des sociétés créoles. La succession des toiles compose alors une sorte de roman d’apprentissage au cours duquel le corps du peintre se modifie sans cesse, et, d’une toile à l’autre, s’approche, au sens biblique sinon magique du terme, d’une possible transfiguration.

Pierre-Louis Rivière, 2020.
*Un trouble dans le genre, Judith Butler, Éditions La Découverte, 2005.

Livres

Lewis Carroll, 1871, De l’autre côté du miroir
Judith Butler, 2005, Trouble dans le genre : le féminisme et la subversion de l’identité, Éditions La Découverte
Guy Hocquenghem, 2000, Le Désir homosexuel, Fayard
Paul B. Preciado, 2000, Manifeste contra-sexuel, Éditions Jacob-Duvernet
Françoise Vergès, 2017, Le Ventre des femmes : capitalisme, racialisation, féminisme, Albin Michel
Monique Wittig, 2018, La Pensée straight, Éditions Amsterdam
Simone de Beauvoir, 1949, Le Deuxième Sexe, Gallimard
Gilles Deleuze et Félix Guattari, 1980, Mille Plateaux : capitalisme et schizophrénie, Éditions de Minuit

Artistes

Zanele Muholi
Samuel Fosso
Michel Journiac
Claude Cahun
Urs Lüthi
David LaChapelle
Cindy Sherman
Nan Goldin
David Hockney
Henry Scott Tuke

Archipel

Mots-clés

mise en scène
genres
sexualité
queer
autoportrait
intime
transition
conte
fiction
porcelaine
nu

Archipel

Entretien filmé

L'atelier A - Abel Techer

« Abel Techer fait de l’autoportrait un manifeste en faveur de la performativité des genres.

Les peintures d’Abel Techer attestent d’une histoire, celle d’un réalisme classique. L’artiste se peint dans un univers trouble situé entre l’enfance et l’âge adulte. Les autoportraits révèlent une recherche de genre et d’identité. Abel Techer se joue des travestissements et des symboles pour incarner le refus d’une binarité réductrice et dangereuse au profit d’une fluidité, d’une pluralité et d’une fierté. »

Voir l’entretien

Écrit de l'artiste

« Carte blanche à Abel Techer », Le Quotidien de l’art, n° 1048.

« C’est une réflexion autour de la notion du corps et de l’autoportrait dans lesquels émerge le rapport au genre et aussi à la sexualité. La peinture et le dessin sont principalement les médiums utilisés pour traiter ces notions dans la représentation. Ainsi, l’autoportrait est amené à se décliner dans différentes mises en scène dans lesquelles viennent ponctuer des objets du quotidien. Ce projet me permet d’examiner les relations qui découlent entre le(s) sujet(s) et les contextes reconstruits dans lesquels ils sont amenés à évoluer. Le corps apparaît ainsi en constante mutation, dans un renouvellement continuel de sa représentation et des symboliques qui s’y greffent. Les sujets, les objets et les contextes deviennent alors une multiplicité de fenêtres ouvertes et se conjuguent pour faire émerger différents systèmes symboliques.

​Il s’agit de tenter de mettre en évidence les possibles pistes pour concevoir un corps à la fois intime, social et politique, un corps en relation inaliénable avec son contexte évolutif.

L’image est ramenée à sa part symbolique et en ce sens l’autoportrait se détache de son modèle originel. La représentation ainsi aliénée de toute attache physique offre une panoplie de déclinaisons et de possibles états. L’image en déploiement dans la fiction puise dans le réel et la mise en scène permet de réinterpréter, de réinvestir des états que confèrent la peinture et le dessin.

La série de représentation est encore une manière de déplier les différentes facettes d’un corps multiple, d’un sentiment identitaire non sédentaire mais plutôt dans une forme de déplacement perpétuel. Des corps esquisses, des parties préparatoires, des zones où les frontières entre le fini et le non-fini se troublent. Ce processus se greffe également sur les éléments que composent les contextes dans lesquels ces avatars sont plongés. Les objets, les corps, les espaces sont ainsi traités par leur apparition sur le support, ces éléments sont tantôt poussés, tantôt uniquement signifiés par leurs formes les plus basiques, par des contours ou encore des taches qui viendraient témoigner de leur présence.

​C’est aussi l’idée de concevoir le rapport aux genres comme des données fluctuantes, aux contours non évidents, cherchant des pistes de déploiement au-delà du binaire. Ce sont des tentatives de transformations qui puisent dans les symboles culturels existants, réinvestir ces éléments par des hybridations, par des déformations. Des réalités rendues malléables dans la représentation des images. »

Abel Techer, 2016.

Ressources et textes critiques