Dominique Ficot

MÀJ. 20.02.2026

PELURES - Re-vêtir

Pelures - Temps V

PELURES - Re-vêtir, 2012
Extrait. Vidéo-performance, 23 min 35 s.
Captation, montage, post-production Soleïman Badat
Musique (live) Jako Maron

École Supérieure d’Art de La Réunion, Le Port

Avec les étudiant·es :
Ingrid Aure
Clémence Coré
Julie Labaume
Marie Lanfroy
Ophélie Lauret
Stéphanie Lebon
Perline Maillou
Dylan Martin Treadwell
Mélissa Payet
Abel Techer
Maëva Thurel


L’allégorie de Dominique Ficot

« Imaginez des jeunes gens dans un lieu souterrain donnant par un escalier, sur une large esplanade illuminée sur toute sa surface par des néons. Ils sont là, les jambes et le cou empêtrés dans un grand vêtement depuis leur enfance, de sorte qu’ils sont immobiles et collés les uns aux corps des autres. Le bruit de la ville leur parvient depuis un haut-parleur.

Imaginez Dominique Ficot caché derrière un mur, semblable aux cloisons que les marionnettistes placent devant leur public.

Imaginez le long de ce mur des démiurges qui tirent des ficelles, sous l’autorité du maître Ficot.

Depuis son antichambre des enfers, Ficot s’est créé un terrain de jeu. Il recrée la vie à son image. Ficot donne le signal. Les démiurges réveillent les jeunes gens.

Les jeunes gens se lèvent, les culs par-dessus-tête et les seins greffés sur l’abdomen, les dos-à-dos étriqués et les dentelles qui s’échappent des gorges…

La pesanteur est lourde et la masse organique fait enfler le vêtement. Le grand corps se met en branle, la respiration des têtes est douloureuse.

Entremêlement des fluides, des souffles, saignée des chairs qui accouchent de boursoufflures bleues. Les jeunes gens gesticulent mais ne parviennent pas à convertir la pesanteur. Puis le ton des instruments s’emballe et leurs démarches s’articulent en cadence.

Ils dansent. Le danseur collectif vise un autre corps, destratifié, plus fluide, sans organes…

Le temps de la métamorphose est venu

Une atmosphère lunaire s’installe - L’espace devient mou. Les enfants se fondent dans le flux de la vie. Fraîcheur des corps, jeunesse de la chair ferme et pulpeuse.
La main de Ficot va les presser pour en extraire le satyre. La bacchanale bat son plein.

Les seins s’encastrent dans les bouches qui pissent leur bave sur le sol.

Le grand corps répète les mêmes gestes pour dominer la pesanteur et s’échapper vers le haut. Mais il n’y parvient pas.
Le rythme cardiaque de Ficot ne cesse d’augmenter à mesure que la danse se déploie.

Ils nous ressemblent, ces jeunes gens. Ils s’adonnent avec ferveur au souci de la vie. Pensez-vous qu’ils connaissent le monde au-delà des murs ? - Comment cela se pourrait-il, en effet, s’ils sont forcés de tenir le vêtement droit pendant toute leur vie, de s’adapter les uns aux postures des autres, de s’accommoder de leurs différences ? Ils croient que dehors tous les hommes sont égaux et tenus de vivre ensemble par ce même ciment qui les lie. Ils croient que les uns s’adaptent aux protubérances des autres, ils croient que l’amour est facile et que le vivre-ensemble se doit.

Et si Floy Dog, le Kaf errant, l’homme aux sept peaux, les libérait ? Que se passerait-il ? »

Aude-Emmanuelle Hoareau