Emma Di Orio

UP. 30.06.2026

Les gardiennes

Série Les gardiennes, 2020
Acrylique sur papier, 100 x 70 cm.


Forest
Ocean
Volcano
Waterfall

Exposition collective Even the Rocks Reach out to Kiss You, commissariat Julie Crenn, Transpalette - centre d’art contemporain, Bourges, 2020
Photographies © Margot Montigny


Exposition collective Mutual Core, commissariat Julie Crenn, FRAC Réunion hors les murs, Artothèque de La Réunion, Saint-Denis, 2021
Photographies © Jacques Kuyten

Au premier plan, Yassine Ben Abdallah, Ilet la mer
A droite,
Tatiana Patchama, Ce que le ciel emprunte à la terre

« (…)
MR
Dans un texte consacré à ton travail en 2020, Julie Crenn mettait en avant dans ta pratique une dimension féministe, un féminisme qui déconstruit les stéréotypes et valorise la pluralité des identités féminines. Cette lecture semble correspondre à une première période de ton travail, où la figure occupe une place centrale. Plus récemment, notamment depuis l’exposition For Zita with Love 1 en 2025 mais aussi avec les dessins présentés à Drawing Now Paris 2026, la nature paraît progressivement s’affirmer jusqu’à devenir parfois le sujet principal voir l’unique sujet de tes œuvres. Comment expliques-tu cette évolution ?

EDO
Effectivement, depuis quelque temps, les paysages prennent de plus en plus de place dans mon travail. Je me suis rendue compte qu’ils sont aussi des entités à part entière et qu’ils méritent d’être considérés comme tels, de ne pas être seulement des fonds, mais de devenir parfois le personnage principal. J’aime aussi y intégrer des éléments un peu étranges, comme des yeux, pour suggérer que la nature est vivante, qu’elle est une forme d’entité, et que nous ne sommes pas seul·es, qu’il y a aussi quelque chose qui nous observe. Je suis très attirée par l’imagerie psychédélique, où les paysages deviennent souvent étranges, transformés, presque habités. Et à travers ça, je mets aussi en avant quelque chose que j’aime profondément : le simple fait de contempler.

MR
Ta série Les gardiennes (2020), qui est une série importante dans ton œuvre, semble illustrer cette transition, peux-tu nous parler de ce travail ?

EDO
Les Gardiennes, ce sont des personnages qui deviennent carrément des paysages. Chaque entité représente un biotope différent de La Réunion : la forêt primaire, le lagon, la cascade, le volcan. Encore une fois, j’aime faire des liens entre la nature et les humains : on est des miroirs du lieu dans lequel on vit. Ici, on a une population très métissée, venue de différentes régions du monde (Madagascar, l’Afrique de l’Est, l’Inde, la Chine, la France hexagonale) et quand on regarde le biotope de l’île, c’est la même chose. On a une grande diversité de paysages : forêt primaire, parc volcanique, zones côtières avec plages de sable blanc, noir ou de galets, montagnes avec les cirques… C’est comme si on était un microcosme, un échantillon ouvert sur le monde et sur l’univers, où coexistent de multiples formes de vie.
Les Gardiennes sont le résultat de tout ça. C’est une série qui n’est pas terminée et qui continue d’évoluer, comme Volcano, que j’ai déjà déclinée en trois formes différentes.
À Drawing Now, on a rencontré un artiste qui m’a dit avoir déjà vu cette entité dans ses visions. Sanjeeyann Paléatchy, un ami plasticien, m’expliquait également que dès le départ, il avait considéré Volcano comme une sorte d’avatar de Kali2 . Selon les régions, cette divinité prend différentes formes, et dans certains contextes, elle est liée au feu. (…) »

Extrait de Conversation avec Emma Di Orio, par Mathilde Rousselie, 2026
Lire la transcription complète

  1. Exposition individuelle For Zita with Love, commissariat Clément Striano, 12 La Galerie, Saint-Denis, La Réunion
  2. Kali est une déesse majeure de l’hindouisme, souvent associée à la destruction, au temps, à la transformation et à la libération spirituelle. Elle incarne surtout une force de transformation profonde : elle détruit l’illusion, l’ego et les forces négatives pour permettre un renouveau.