Emma Di Orio

UP. 30.06.2026

Perception stellaire

Perception stellaire, 2025
Acylique sur toile, 81 x 60 cm.
Photographies © Gwael Desbont

Exposition individuelle For Zita with Love, commissariat Clément Striano, 12 La Galerie, Saint-Denis, La Réunion, 2025

« (…)
MR
Peux-tu nous parler de Zita, ton alter ego, ainsi que de l’exposition For Zita with Love que tu lui as consacrée ?

EDO
Zita est un personnage fictif, mais elle vient tout de même de quelque part. Quand j’étais petite, je faisais énormément de rêves, et encore aujourd’hui je rêve tous les soirs. Certains sont plus marquants que d’autres, et à une époque, je rêvais souvent du même endroit. J’étais sur une autre planète, avec des paysages très rocheux, dans des tons orangés et marron, un peu comme le Nouveau-Mexique ou le Grand Canyon. J’avais l’impression que c’était un lieu où les planètes naissaient : je voyais de grandes sphères s’élever dans le ciel. Il y avait aussi des présences, des êtres que je ne voyais pas vraiment mais qui me parlaient, qui m’accompagnaient. Enfant, je ne faisais pas toujours la différence entre le rêve et la réalité et je continue dans mon travail à interroger cette frontière : est-ce qu’elle est si claire que ça, ou est-ce qu’elle a été construite ? J’ai aussi développé très tôt une fascination pour les extraterrestres et l’ufologie. J’étais persuadée qu’ils existaient, et je me dis aujourd’hui que ces présences dans mes rêves étaient peut-être déjà une forme de contact ou d’accompagnement. Pour moi, l’idée qu’on soit seul·es dans l’univers n’a pas vraiment de sens : au vu de son infinité, il paraît évident qu’il existe d’autres formes de vie, même si elles ne ressemblent pas à ce qu’on imagine. Il y a aussi cette idée de multivers, que je trouve intéressante : nous sommes nous-mêmes des vibrations, et nous fonctionnons un peu comme une radio, en se réglant sur certaines fréquences on peut accéder à d’autres réalités.
Quand j’ai commencé à réfléchir à l’exposition en 2025, j’étais un peu dans le flou. Et puis un jour tout s’est imposé. Le titre For Zita With Love est apparu assez naturellement, il fait référence aux lettres qu’on s’écrivait quand on était jeunes, aux correspondances qu’on entretenait. Zita est aussi venue de là : un nom qui évoque quelque chose de familier et d’inconnu à la fois, avec un écho à Zeta Reticuli1 , souvent cité dans les récits ufologiques. Zita devient une sorte de rencontre. Elle peut être une sœur extraterrestre, un alter ego de moi-même dans une autre dimension, une version de moi venue du futur ou du passé. En fait, tout cela reste volontairement ouvert. Zita est une espèce de créature informelle, une présence qui échappe à toute définition précise. Ce qui me plaît dans la notion d’avatar, c’est l’idée d’un être qui peut prendre plein de formes différentes, et je pense que Zita reviendra d’une manière ou d’une autre. (…) »

Extrait de Conversation avec Emma Di Orio, par Mathilde Rousselie, 2026
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  1. Zeta Reticuli est un système stellaire réel situé à environ 39 années-lumière de la Terre, dans la constellation de la Réticule. Dans l’ufologie, il est devenu célèbre car il a été associé à des récits d’enlèvements extraterrestres, notamment à partir du cas Betty et Barney Hill dans les années 1960 aux États-Unis