Emma Di Orio

MÀJ. 30.06.2026

Beauté éternelle

Beauté éternelle, 2025
Acrylique sur toile, 81 x 60 cm.
Photographie © Gwael Desbont

« (…)
MR
On observe dans ton travail des motifs qui reviennent souvent : le vase, les orchidées, La feuille songe … Est-ce que tu leur attribues une valeur symbolique particulière, ou est-ce que ce sont avant tout des formes visuelles qui t’intéressent ?

EDO
Dans l’exposition For Zita with Love, on trouve une mante religieuse avec des cerises et, de l’autre côté, un vase fêlé contenant des orchidées. La mante religieuse avec les cerises, par exemple, c’est une image que j’avais besoin de représenter. Souvent, je ressens la nécessité de peindre certaines choses sans savoir immédiatement ce qu’elles signifient. Le sens se construit au fur et à mesure du processus. La mante religieuse est un élément qui revient souvent car c’est un insecte étrange, qui fait presque penser à un extraterrestre. Il y a quelque chose de très « hors de ce monde » chez elle. Elle représente une forme d’hybridité, quelque chose d’inconnu. À l’inverse, le vase avec les orchidées représente davantage la chair, le corps, la souffrance. Le motif du vase fêlé avec des gouttes qui s’en écoulent revient souvent dans mon travail. En fait, c’est un utérus. Au fur et à mesure que je le peignais, je me suis rendue compte que je représentais mon endométriose. Ce vase fissuré, avec ces gouttes qui ressemblent à du sang, cette idée de douleur… tout cela a fini par prendre forme.
Les orchidées, elles, représentent vraiment la femme. Je les vois comme l’une des plantes les plus sophistiquées du règne végétal. L’orchidée s’est adaptée de manière extrêmement précise pour attirer ses pollinisateurs. Certaines espèces sont dans une logique d’hyperspécialisation : elles développent toutes les caractéristiques nécessaires pour maximiser leurs chances d’être pollinisées. Il existe même des orchidées qui imitent presque parfaitement une abeille. Ce qui est fascinant, c’est qu’elles ne reproduisent pas seulement son apparence : elles émettent aussi des signaux olfactifs similaires à ceux d’une abeille femelle prête à s’accoupler. Le mâle est alors attiré, croyant avoir trouvé une partenaire, alors qu’il est en train de polliniser une orchidée. On retrouve un mécanisme similaire chez la mante religieuse. Tout cela relève de l’adaptation au milieu qui traverse l’ensemble de mon travail.
La feuille songe, c’est à la fois une forme visuelle qui m’intéresse et un élément très symbolique. Elle est comme un guide pour moi. C’est une plante qui m’accompagne depuis que je suis petite et à laquelle j’accorde beaucoup d’attention. On la retrouve beaucoup dans les cours réunionnaises, près des points d’eau, des rivières etc. Je la trouve très puissante, elle est un mélange entre un animal à corne et un insecte. Ici, on l’appelle aussi « oreille d’âne ». Je l’associe à quelque chose de mystique, parfois même un peu effrayant, mais toujours comme une présence guide ou protectrice. (…) »

Extrait de Conversation avec Emma Di Orio, par Mathilde Rousselie, 2026
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