Esther Hoareau

MÀJ. 04.11.2021

Swiss Melody

Swiss Melody, 2001
Vidéo (37 photographies numérisées), 1 min 30 s.
Collection Artothèque de La Réunion

« CB
Précédemment tu as évoqué l’objet. L’objet apparaît en cours de route dans ton parcours artistique, et dans Grapzëtwal, la pièce maîtresse, en tout cas celle sur laquelle il y a le plus d’attente, c’est justement ce Piano oiseau. On te connait surtout en tant que vidéaste et photographe : qu’est-ce que cela déclenche dans l’univers que tu développes de te tourner vers la sculpture ?

EH
Il y a d’abord cette idée de la mécanique, qui permet ce lien entre mon approche de la vidéo et de la musique et celle de la sculpture. Dès ma première vidéo, Swiss Melody (2001), je me posais la question de comment faire un rythme, avec ce sentiment de se sentir désarmée face à la question de la musique, comme si c’était un pouvoir magique que certaines personnes possèdent et d’autres non.

À l’époque, je travaillais en Suisse à L’Auberson comme monitrice auprès de personnes en situation de handicap mental. Là-bas, c’était assez courant que des étudiant·es Français·es occupent ce type de poste saisonnier, car pour les Suisses ce n’était pas assez bien rémunéré. Dans ce contexte, je me suis occupée d’une dame âgée qui effritait constamment sa couche. C’est de cette expérience que m’est venue l’idée d’en utiliser pour la vidéo Swiss Melody. Malgré la difficulté de la mission, c’est une période où j’ai fait de belles rencontres, avec des personnes qui sont aujourd’hui toujours des ami·es. 

J’étais étudiante à Dijon, où je travaillais sur la série photographique Les anges (2001), et cette rencontre était incroyable : être avec ces personnes, entre les montagnes suisses, la neige, les rouges-gorges… le cadre était magique. Dans le village en Suisse où je travaillais, il y avait un musée d’automates et de boîtes à musique, et à Dijon, je n’étais pas très loin du musée Nicéphore Niépce, où l’on pouvait voir les carrousels des débuts du cinéma. Donc cette question de la mécanique était présente dans ma tête et, finalement, elle a toujours été au cœur de mon rapport à la vidéo.

Dans Swiss Melody, qui est une vidéo composée de 37 images fixes qui défilent, la durée pendant laquelle une image reste à l’écran correspond au temps d’une musique dans ma tête. Dans la vidéo, aucune musique n’est audible, mais il y a toujours une temporalité. Même dans le silence, la musique est là. Cette mécanique est très importante. À partir de là, quand j’ai réalisé d’autres films, je me suis posée plusieurs questions : comment travailler la durée, le plan, comment maintenir une forme d’hypnose ? Puisque c’est ça le cinéma : de l’hypnose. Comment faire un film sans parole, sans présence humaine, comme Belova, sans que le spectateur ne se lasse ? Mon objectif était de capter ce type de mécanismes propres au cinéma, qui sont aussi, d’une autre manière, ceux de la musique.

Parmi les sculptures que je présente à Grapzëtwal, on retrouve, avec Piano oiseau et Berceau, cette idée de mécanique : il y a une référence à la mécanique des planètes et les sept oiseaux font référence à la fois à la gamme musicale (do, ré, mi, fa, sol, la, si), mais aussi au Cantique des oiseaux. »

Extrait d’entretien, par Céline Bonniol, 2026
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