Stéphane Kenkle

MÀJ. 30.06.2026

Portrait de famille

Série Portraits de famille, 2019
Acrylique sur toile, 150 x 100 cm.


Collection Artothèque de La Réunion
Collection Région Réunion
Collection Région Réunion

Collection Artothèque de La Réunion
Collection Région Réunion
Collection Région Réunion

« Stéphane Kenkle est essentiellement connu pour ses peintures. Il a été mu tôt par ce sentiment à la fois simple et viscéral pour un peintre : avoir le besoin et l’impression de pouvoir maîtriser chaque espace, chaque recoin de la toile et de tirer le meilleur d’une image. Son style est direct, sans fard, presque schématique. Les couleurs éclatent, souvent tranchées, sa palette originale n’oblige pas à un quelconque réalisme, bien que les œuvres de Kenkle soient figuratives. Ses premières peintures des années 2000, comme Gramoune (2005), sont telles des statements et des fils conducteurs d’une pratique qui, si elle a profondément évolué, garde des racines profondes et authentiques. Le peintre s’engage alors dans un chemin auquel il ne dérogera pas : il s’attachera à représenter les humains. Le portrait devient son genre privilégié et presque exclusif, comme il l’est pour Elizabeth Peyton. Tout autant qu’elle, il travaille d’après des photographies – anciennes ou qu’il réalise lui-même ; pourtant, si cette dernière s’attache à représenter une starification fantasmée, un monde de l’impossible et de l’exceptionnel, Kenkle, lui, choisit une voie à l’opposé. Il choisit de peindre les personnes qu’il côtoie ou qu’il a pu rencontrer, de parler d’intime tout en gardant une pudeur à la fois bienveillante et sincère. Sa conception de la peinture et son style d’il y a vingt ans maintenant s’approchent davantage de ce que produit l’artiste Marlene Dumas, connue pour ses portraits où la sphère du privé rejoint de grandes questions de société, tandis que le sensible s’avère omniprésent et essentiel. Comme si c’était une évidence, Kenkle s’intéresse rapidement à montrer spécifiquement ses proches et sa famille. Il décide d’ancrer son œuvre dans la durée et d’accompagner des phases de vie. Ses portraits des années 2010 oscillent entre le trombinoscope de parent et le témoignage de ce qu’est une famille créole typique de La Réunion. L’artiste pioche des événements et moments variés dans ses vieilles photographies familiales et se met dans la peau du collagiste, non pas formellement mais conceptuellement et historiquement. Dans ses peintures, tel un Doctor Who, voyageur du temps, il assemble différentes périodes du passé, permettant des sauts dans les époques et des concomitances incongrues : les aînés se retrouvent figurés en cadets ou en jumeaux et vice versa. Une sorte de magie opère ; les histoires intimes de l’artiste se transforment en un héritage universel ; chacun et chacune projette sa propre vie familiale et amicale. (…) »

Loïc Le Gall
Extrait de Les histoires de peintures de Stéphane Kenkle, 2024
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