Térésa Small
Réalisé par Maëva Thurel
Production Documents d’artistes La Réunion
Avec le soutien du Fond Réunion des Talents
10 min 32 s
November 2024
UP. 03.12.2024
Réalisé par Maëva Thurel
Production Documents d’artistes La Réunion
Avec le soutien du Fond Réunion des Talents
10 min 32 s
November 2024
Pour arriver chez Térésa Small, on a pris la N3 qui passe par l’intérieur de l’île de La Réunion pour la traverser du Sud au Nord, c’est-à-dire qu’on est parties du niveau de la mer pour le retrouver de l’autre côté en passant par des hauteurs1 . Cette route est plus sinueuse, plus longue, plus belle aussi. Installée à l’arrière, j’observe les yeux mi-clos le soleil se lever sur ce paysage de crêtes et de ravines tapissé d’une forêt de fanjans…
Allons au lointain, commençons à bas bruits pour écrire sur le fil d’une série d’œuvre. C’est la moindre des choses pour s’approcher et peut-être saisir une ou deux idées justes à propos des créations de Térésa Small. Ne nous agitons pas et prenons la plus ancienne photographie qu’elle a bien voulu nous montrer.
Les matériaux de prédilection de Térésa Small - costumière ayant travaillé pour la compagnie Vollard notamment - sont le tissu, la teinture, le fil, l’aiguille. L’autre matière première est le mot, les mots qu’elle revendique comme fondamentaux dans sa pratique. L’exposition est ainsi constituée de deux séries où se croisent, se parlent, se nourrissent ces deux nécessités chez elle.
J’illustre le conte, puis j’invente la suite de l’histoire. Je crée des liens entre le roi Henri VIII et Barbe Bleue en brodant les demeures de leurs nombreuses femmes. Je construis un théâtre miniature dans lequel je mets en scène les personnages de l’histoire dans un décor de tulle et de papier. Je réalise mon premier costume, celui de Judith…
C’est aussi de la terre que Térésa Small retire les vêtements étranges qu’elle nous propose, de la gangue protectrice de quelque tourbière nordique qui les aurait conservés passés, mais intacts et merveilleux à nos yeux.
Il y a quelque chose d’attachant dans ces travaux de couture patiente consacrés entièrement à recoller, à marier, à “rapyésté” toutes sortes de morceaux, non pas pour reconstituer l’unique, la figure centrée, mais une figure de la multiplicité, ouverte, connectable. Il y a quelque chose de troublant dans cette résistance aux injonctions de l’immédiat survalorisé disqualifiant la constance : la patience, la lenteur, qui sait aussi être dextérité de l’aiguille, vivacité et rapidité de l’instant, mais qui se coule dans la durée, l’immensité du temps.