Emma Di Orio

MÀJ. 30.06.2026

Songe cosmique

Songe cosmique, 2024
Acrylique sur toile, 80 x 60 cm.

« (…)
MR
L’hybridité traverse l’ensemble de ton travail, aussi bien dans les figures que tu représentes que dans les environnements que tu imagines. D’où vient cet intérêt pour ces formes en transformation ?

EDO
Cet intérêt est lié au fantastique, à la science-fiction, mais aussi à la vie en règle générale. Tout ce qui est organique est amené à évoluer, à changer, à se transformer. Quand on observe le vivant, c’est toujours ça : la transformation. De la cellule à un être complexe, mais aussi à travers les différents états de la matière, comme l’eau qui passe de la glace à la vapeur. J’ai toujours été inspirée par les mangas, les dessins animés ou les univers de super-héros, dans lesquels les personnages se transforment, développent des pouvoirs ou deviennent des versions améliorées d’eux-mêmes. Je trouve qu’il y a aussi derrière cela tout un message spirituel. La transformation concerne la matière, mais aussi l’âme. C’est une sorte de voyage entre différents états : la vie, la mort, l’au-delà. Je m’intéresse aussi aux autres formes de vie dans l’univers, aux extraterrestres, aux animaux. J’aime penser les choses comme un grand écosystème. J’ai une fascination profonde pour la nature, les plantes et les animaux, parce que c’est là que l’on trouve les formes les plus incroyables. Tout cela nourrit mon travail. Les formes visuelles et plastiques que je produis sont directement liées à mes passions et à ce qui m’habite au quotidien. Je représente aussi beaucoup de femmes, d’abord parce que j’en suis une moi-même et que j’aime insuffler une dimension autobiographique à mes œuvres. En réalité, chacune d’elles est un fragment de moi. À partir de là, je joue avec différents états de conscience, avec des questionnements, des revendications ou des idées que j’ai envie de transmettre. Il y a beaucoup de spiritualité dans mon travail. Je vois vraiment les choses à travers un prisme métaphysique. J’aime créer des liens entre des éléments qui, à première vue, ne vont pas forcément ensemble. J’aime aussi jouer avec les dualités, parce que je pense que les choses sont toujours plus complexes qu’elles n’en ont l’air et rarement aussi binaires qu’on le croit. Je crée donc des images ambivalentes, avec des éléments qui attirent et qui repoussent à la fois. Plus j’avance dans mon travail, plus je me rends compte que j’ai développé une sorte de vocabulaire visuel. Certains motifs reviennent comme des obsessions personnelles : les femmes, les feuilles, les feuilles songes… À force de réapparaître, ces éléments semblent presque prendre vie. Les feuilles deviennent des personnages, elles ont des yeux, une présence. C’est un peu comme un laboratoire du docteur Frankenstein, mais en plus bienveillant, plus coloré et plus psychédélique. (…) »

Extrait de Conversation avec Emma Di Orio, par Mathilde Rousselie, 2026
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