Emma Di Orio

MÀJ. 30.06.2026

La louve

La louve, 2023
Acrylique sur toile, 80 x 100 cm.

Exposition collective Zistwar mantèr, commissariat Estelle Coppolani,
Banyan - Centre d’art contemporain de la Cité des Arts de La Réunion, Saint-Denis, 2024.
À droite, Stéphanie Lebon
Photographies © Hugo Valera

« (…)
MR
Il y a cette œuvre, La louve (2023), qui fait référence au mythe de Romulus et Rémus, ce qui est assez différent des autres pièces où les références sont plus symboliques ou personnelles. Qu’est-ce qui t’a amené à intégrer une référence mythologique aussi explicite ?

EDO
On a souvent des références qui font partie de notre imaginaire collectif, qui sont ancrées en nous parce qu’on les a apprises à l’école ou croisées ailleurs. Lorsque j’ai commencé cette œuvre, mon objectif n’était pas de représenter Romulus et Rémus. J’ai simplement dessiné une femme qui allaitait des chiots. Dans ce dessin, ce qui m’intéresse c’est surtout le symbole de l’humain qui se transforme en animal. Il y a aussi cette idée de tolérance et d’acceptation envers les animaux. D’ailleurs, il existe en Inde des communautés, notamment chez les Bishnoïs au Rajasthan, où des femmes recueillent parfois des faons orphelins et peuvent les allaiter aux côtés de leurs propres enfants. Il y a cette forme de fusion, ou en tout cas de proximité très forte, entre les animaux et les humains. Et puis, il y a aussi une invitation à dépasser cette notion de dégoût qu’on peut parfois avoir envers l’animal, cette idée qu’il serait sale.

MR
Ton travail me semble traversé par une forme de sensualité très forte, alors même qu’il n’aborde pas directement le thème de la sexualité. Les corps sont souvent nus, exposés, les regards aussi évoquent une certaine forme de sensualité. Quelle place accordes-tu à cette dimension sensible et corporelle dans ton travail ?

EDO
Pour moi, le côté corporel et sensuel est très important. Mais la sensualité n’a rien à voir avec l’imagerie pornographique, qui est quelque chose que je n’affectionne pas particulièrement. En revanche, j’aime toute l’imagerie érotique qui existe dans l’art, notamment dans l’art classique. Il y a un érotisme qui n’est pas pornographique, où les corps sont célébrés dans leur beauté, dans toutes leurs formes et leurs rondeurs, comme à la Renaissance. C’est davantage ce côté-là qui m’intéresse : un corps célébré, sans honte, avec une sensualité qui ressemble à un état de plénitude. Cette sensualité est aussi, pour moi, une forme de confiance en soi. C’est le fait de se regarder dans le miroir et de se dire : « Je me trouve belle. » Pas pour plaire à quelqu’un, mais pour se plaire à soi-même. C’est un bien-être intérieur, une manière d’habiter pleinement son corps et son image. Les personnages que je représente incarnent cette idée. Elles sont puissantes, belles, un peu badass. Mon idéal féminin, c’est une femme qui n’a pas besoin de validation extérieure pour se sentir bien. Une queen, en fait. Mes personnages sont sensuels, comme des nymphes dans la nature, mais cette sensualité n’a pas pour finalité la sexualité. Et pourtant, cela dérange parfois. Le nu a été tellement diabolisé qu’il est souvent associé à la pornographie. Certaines personnes regardent mes œuvres et sont gênées simplement parce qu’un corps est exposé ou qu’une vulve est visible. Mais une vulve n’est pas pornographique. Je trouve dommage que le corps de la femme, ou son sexe, soit immédiatement renvoyé au coït ou à l’acte sexuel. Un corps, c’est un corps. On peut aussi simplement le regarder pour ce qu’il est, dans une lecture anatomique, esthétique ou symbolique. (…) »

Extrait de Conversation avec Emma Di Orio, par Mathilde Rousselie, 2026
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