Esther Hoareau

MÀJ. 04.11.2021

Feux (1751)

Feux (1751), 2022
Photographie sur aluminium, 80 x 120 cm.
Détail

Exposition collective Astèr Atèrla, commissariat Julie Crenn, production FRAC Réunion, CCC OD, Tours, 2023.
Photographie © Margot Montigny
Exposition collective Astèr Atèrla, commissariat Julie Crenn, production FRAC Réunion, La Friche la Belle de Mai, Marseille, 2024
Photographie © Jean-Christophe Lett

« (…) La grande photographie Feux (1751) (2022) découle de ce même voyage, lors duquel le Marion Dufresne aborde aux îles Glorieuses, dans l’océan Indien. Pour l’artiste, l’acte de poser le pied sur cet archipel isolé, revendiqué comme territoire français en 1751, entre en résonnance avec sa propre histoire et celle de l’île de La Réunion. Le navire qui donne son nom au territoire, Le Glorieux, ainsi que les autres navires venus du Sénégal et d’ailleurs, avait en effet fait escale à La Réunion cette même année pour troquer des esclaves. Ces personnes, dont les noms et destinées restent en majeure partie intraçables, font néanmoins partie intégrante de l’histoire et de la culture réunionnaises. L’artiste a décrit des lacunes similaires dans son histoire familiale, ainsi que son désir de combler ces vides, notamment en imaginant le vécu de ses premiers ancêtres arrivés à La Réunion, forcés à « aller vers l’inconnu qui était en eux1  ».

Comme pour sa précédente série photographique, Neige, Feux (1751) est parsemée de paillettes d’or. Cependant, cette neige dorée nous donne dans ce cas matière à réflexion en nous empêchant de pleinement nous immerger dans la dense canopée, dressant ainsi une barrière devant notre regard explorateur et propriétaire.

Pourtant, malgré les aspects troublants et potentiellement menaçants des éléments naturels présents dans l’œuvre d’Esther Hoareau, il y a aussi une part d’humour et un sentiment d’émerveillement joyeux dans sa façon d’aborder le paysage. Bon nombre de ses œuvres photographiques et de ses vidéos se caractérisent par leurs couleurs vives et saturées, leurs images de feuillage luxuriant et leur luminosité éclatante, accompagnées de bandes-son éthérées et d’harmonies vocales. Les vastes paysages et ciels étoilés qui enveloppent le spectateur tranchent avec les espaces enceints de roches, qui évoquent la lente immensité des forces géologiques. Dans chacun d’entre eux, le macroscopique est contenu dans le microscopique et l’artiste passe sans heurt du monde minéral et de l’élan vital du règne végétal aux confins de l’univers, à la fois cartographié et imaginaire. (…) »

Alexandra McIntosh, 2024
Extrait de Esther Hoareau - Imaginaires spatiaux
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  1. Esther Hoareau, entretien avec l’autrice, 2 octobre 2023.