KMVH

MÀJ. 01.09.2026

« Jeune artiste protéiforme, KMVH aime travailler ce qui dans les liens - les rapports à soi, à l’autre, à l’espace et au monde - coince, bredouille ou fait obstacle, se confond, se contourne ou s’affronte, chute et se redresse, traverse et agit. L’artiste développe ainsi une œuvre photographique et vidéo-performative dans laquelle elle se met d’abord en jeu, comme à déjouer les intrigues d’une mythologie personnelle en proie à l’exil. Se pose en creux la question des repères légués, érigés ou démolis, à partir desquels nous nous construisons. C’est ce qui touche à l’identité : d’où agissons-nous, quelle place nous faisons-nous ailleurs ? L’œuvre de KMVH veut ainsi mettre en lumière des parcours divers, intimes ou collectifs, parfois cabossés mais toujours résistants, en quête d’espaces, d’êtres ou de mots perdus, cachés sous les valises, interdits ou attendus, transpirés par les mains ou criés par les yeux, et retrouvant place ici, dans l’œuvre agissante, en quête de transmission. »

Leïla Quillacq, KMVH, 2019

MOTS CLÉS

Intégration
Migration
Immigration
Transformation
Transmission
Perdition
Tradition
Acculturation
Réimplantation
Réappropriation
Réparation

Uniformisation
Communication
Mondialisation

Le geste
Le langage
Entre-deux
Résistance
Résilience
Résurgence
Équilibre
Liberté

Corps
Paysage
Vivant
Territoire
Mémoire

Objet
Textile

THÉMATIQUES

Construction identitaire
Processus d’integration
Conséquences migratoires

TECHNIQUES & MATÉRIAUX

Projection vidéographique
Installation multimédia
Photographie
Édition
Dessin

ARTISTES

Marina Abramović
Francis Alÿs
Kader Attia
Francis Bacon
Pina Bausch
Hicham Benohoud
Christian Boltanski
Ghazel
Mona Hatoum
Valérie Jouve
Richard Long
Julien Malland (Seth)
Joan Miró
Adrian Paci
Zineb Sedira
Anne Teresa De Keersmaeker

LIVRES & FILMS

Arjun Appadurai, Après le colonialisme : les conséquences culturelles de la globalisation, éditions Payot, 1996
Jérôme Bindé, Où sont nos valeurs ? Les idées du XXIe siècle, éditions UNESCO / Albin Michel, 2000
Joseph Joffo, Un sac de billes, éditions Jean-Claude Lattès, 1973
Jean-Claude Carpanin Marimoutou et Françoise Vergès, Amarres : créolisations india-océanes, éditions L’Harmattan, 2003
Marie-Laure Bernadac et Simon Njami, Africa Remix : l’art contemporain d’un continent, éditions Centre Pompidou, 2005
Anna Lowenhaupt Tsing, Le champignon de la fin du monde : sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, Duke University Press, 2015

Benoît Dervaux, Black Spring, 2002, 26 min, chorégraphie de Heddy Maalem

ÉCRIT DE L'ARTISTE

« Les conséquences migratoires et identitaires sont parmi mes préoccupations.

Descendante d’immigrés, je migre à mon tour avec ma famille. Mon parcours est à l’origine de mon travail. Née à l’île Maurice, j’ai passé toute mon enfance au Congo-Brazzaville. À l’âge de dix ans j’ai été contrainte de quitter ce territoire à cause d’une guerre civile, un retour brutal dans ce lieu de naissance. Tout laisser pour tout recommencer dans un pays qui m’était totalement étranger et dans l’obligation de m’adapter, je dirais même de m’intégrer, dans mon propre pays. Désapprendre pour réapprendre les normes, les valeurs, les cultures dont les langues de ce nouveau lieu d’accueil.

Je questionne la posture du migrant dans son processus d’intégration, que je traite principalement en vidéo-performance. Je mets en place un protocole, celui de confronter mon corps à l’espace et ses obstacles. Ces espaces sont (…) des lieux de transition où l’on fait une pause, où l’on se retrouve nu avant de se confronter, à nouveau, à l’inconnu. (…) Le corps se positionne dans un cadre qu’il s’est choisi et se met en jeu dans sa force et sa fragilité. Il éprouve sa qualité de sujet dans un sas où il ne fait que passer, à travers des postures et des gestes.

En 2017, influencée par ma deuxième grossesse dans un pays d’émigration avec ma famille (à l’île de La Réunion), une autre branche de ma recherche s’est ouverte. Cet état a nourri en moi d’autres questionnements, avec ce parcours de migrante, qu’allais-je transmettre à cet enfant, quelle histoire, quelle mémoire, quel héritage culturel, quelles traditions ? Ayant moi-même des questionnements identitaires, le fait de me sentir étrangère partout où je vais et ce, même dans mon pays d’origine.

Actuellement c’est à l’aide du médium vidéo et du son que cette nouvelle partie de mon travail soulève les questions de la transmission et du langage. Le langage qui fait partie du processus d’intégration mais aussi de moyen de transmission.

Mes vidéos traitent du manque de transmission générationnelle et notamment chez les familles de migrants. Dont les enfants finissent peu à peu par perdre l’usage de leur langue maternelle et d’une partie de leur tradition et culture d’origine. Mettant ainsi progressivement fin à la richesse de la diversité culturelle à l’instar d’une culture mondialisée, uniformisée. Dans cette parenthèse, je mets en scène des personnages en confrontation par le langage oral et gestuel, et c’est par leurs interrogations, incompréhensions, hésitations, silences, dans les gestes saccadés, et dans les sens différents des mouvements de mes personnages que je conceptualise le lien rompu de la transmission. »

Krystel Magali Virassamy Hoquet, 2015

Ressources et textes critiques

KMVH | Déracinement et acculturation

Par Ève-Marie Montfort

Le travail de KMVH part d’une quête d’identité à travers les valeurs culturelles et l’assimilation à un territoire. Ses œuvres questionnent les confrontations culturelles et géographiques, ainsi que les rapports sociaux entre personnes issues d’horizons différents. Par cela, l’artiste souligne les difficultés rencontrées lors d’échanges interculturels abordant la notion de processus d’acculturation parle corps performé et la parole échangée.

Air conditioning (jouer avec les dragons)

Par Cédric Mong-Hy

Le Port, île de La Réunion, océan Indien, un matin « comme les autres ». Sur la montagne flotte une nappe inhabituelle de brouillard, blanchâtre, diaphane, s’étalant comme une voie lactée déplacée à trois cents mètres au-dessus du sol. « C’est beau ! », me disais-je. Je l’appris plus tard : il ne s’agissait pas d’un brouillard, mais de fumées provenant des incendies géants qui, à plusieurs milliers de kilomètres de là, ravageaient l’Afrique du Sud-Est…

Matalana* : devenir soi dans les entre-deux

Aude-Emmanuelle Hoareau, 2017.
Par Aude-Emmanuelle Hoareau

Les espaces de Matalana sont des entre-deux, des lieux de transition où l’on fait une pause, où l’on se retrouve nu avant de se confronter, à nouveau, à l’inconnu. Confronter le corps à l’espace, ses matières et ses obstacles, pour se ressaisir en tant que sujet, individu en mouvement dans un univers hostile, tel semble être le processus entamé par Matalana dans ses performances. Ce qui va compter sera la confrontation du corps à des éléments présents dans cet espace. Le corps se positionne dans un cadre qu’il s’est choisi et se met en jeu dans sa force et sa fragilité.