Kazkabar Bwarouz
Kazkabar, dopi 2004
Èk Danyèl Waro
Èk in lantouraz dalonér èk domoun lo kartyé
Lékol-bitasyon-fonnkér
Bwarouz, Sinpol, La Rényon
Kazkabar, depuis 2004
Avec Danyèl Waro
Avec de nombreux artistes et les gens du quartier
Lieu-lien, espace de transmission culturel-artistique-agricole
Bois Rouge, Saint-Paul, La Réunion
Ravine triko, dopi 2004
Èk lo ron fanm Kazkabar
In ron mandaraz
Avec le cercle des femmes de Kazkabar
Tissage et tricotage collectif
KAZKABAR
« Ariv Aou,
Kazkabar i akèy aou gran kér
Térla
lé po nout Tout
térla
Ni amont, ni aprann
Èk la tér bwarouz an promyé,
Èk nout lang réyoné
Lir ékri kozé
Po fé pous in
LÉKOL BITASYON FONNKER
Po nou artrouv in sans
Èk tout nout sans
Po nou artonm kamarad èk nou minm,
nout zansèt, nout zanfan,
san ont san pér
térla nout réspé son gardyin
réspèk
domoun, zanimo, pyédbwa, somin »
Danyèl Waro, 2004
KAZKABAR
« Là où le lien a lieu, là où le lieu est lien, entre utopie du territoire et hospitalité poétique, en bitasyon fonnker.
KAZKABAR : une œuvre à part et à part entière
Depuis 2004, je me suis engagée avec mon mari, d’autres artistes de tous bords et les gens de mon quartier dans la création d’un lieu-lien, espace de transmission culturel-artistique-agricole, un lékol-bitasyon-fonnkér, espace d’apprentissage d’une « hospitalité poétique » à l’œuvre. Œuvre à « géométrie variable » qui questionne le comment habiter et vivre un paysage de tout notre être, « en pleine présence » (pour reprendre les mots de Danis Bois) pour soi et l’ensemble du Vivant.
Les différents ateliers dans et autour du paysage qui ont lieu sur le site, ainsi que les différentes manifestations (ateliers et chantier d’insertion, kabar, performance, méditation, plantation, promenades…) aident, toutes, dans une mesure ou une autre, à construire, à créer, des représentations pleinement vivantes du paysage et de l’habiter réunionnais.
Toucher de tous nos sens des notions fondamentales du paysage et être touché (point de vue, champ, milieux, land art, territoire, nature/culture…)
Questionner le passé, le présent et l’avenir de son territoire, au travers de notions telles que : Patrimoine, Identité, Vernaculaire, de textes poétiques, de gestes archaïques, de rituels…
inscrire son geste artistique dans une réflexion de notre rapport à la Terre et à l’Humain qui s’y enracine.
Ce sont autant de façons de donner un sens avec tous nos sens, sans honte, sans peur, pour une transmission d’une manière d’être au monde, un atérla. »
Florans Féliks, 2017
« Chez Florans Féliks, il faudrait davantage parler de cultivation d’écosystèmes créatifs que d’œuvres d’art figées. Tout autant artiste que planteuse d’arbres, pédagogue et passeuse d’histoires, ses écosystèmes prennent racine dans le contact à la terre, celle de Kazkabar à Saint-Paul de La Réunion. Lieu de vie, d’accueil, d’apprentissage et de création fondé en 2004, il est situé à la croisée des chemins, en faisant d’emblée un espace symboliquement chargé de présences et de récits. C’est dans cette géographie mouvante, traversée par une ravine, qu’éclosent ses assemblages, cabanes et parures collectives, inscrivant durablement les corps qui les ont produits dans le territoire qu’iels habitent. (…) »
Daisy Lambert
Extrait de Florans Féliks | Des écosystèmes créatifs pour une traversée commune, 2026
Lire le texte complet
« Florans Féliks, odrémyé mazine in fason fé koumbla an lartistik olèrk zévrédar i débouz pi. An zès-fonnkér, an plantér, an lamontrér, an krikékrakér, li fé pous son travay lartis, zonbriyé èk la tér, sat Kazkabar, koté Sin-Pol La Rényon. Landrwa la i ékzis dopi 2004. Térla, i akèy aou gran kér, i amont, i aprann, i viv sak na po viv. Ousa térin i lé, dann krwazé somin la Rényon, li tonm dirèk in landrwa bonbé la prézans ousa la tér i koz. La-minm, dann in zéografi na pwin lo bor, ousa la ravine i koup an travér, son bann fagotaz an boukan, son bann gran palto an nik la koud an lantouraz i pèt an flér, i mark po lontan la tras lo kor domoun la mandar tousala. I anpar, i ranpar azot, po toultan, la plas zot i rèt. (…)»
In bout lo tèks Florans Féliks, Ansanm Ansanm par an par pou in koumbla lartistik
Délangaz Francky Lauret
Lire lo tèks an antyé
« (…) Peut-il y avoir une mémoire sans blessure ? « Congo ayant des marques du pays formant une croix sur chaque sein » ; les colons appelaient « marques du pays » les motifs indélébiles que présentaient les corps des déportés africains à leur arrivée dans les archipels de la Caraïbe ou de l’océan Indien. Ces scarifications étaient les seules traces visibles que les « Bossales » (captifs nés en Afrique) conservaient de leur terre natale. À l’image des mondes polynésiens et amérindiens, dans les sociétés subsahariennes, le corps est surface d’écriture : les cultures labourent les corps pour mieux s’y incorporer. Un corps scarifié constitue d’emblée un corps-mémoire : une surface où se déploie l’écriture d’un peuple (Kongo, Yoruba, etc.), le récit singulier d’une vie (première chasse, entrée dans la caste des forgerons, etc.), la généalogie d’un clan, l’alliance avec des esprits et le souffle protecteur des ancêtres. Aussi les scarifications constituaient-elles le premier obstacle à la mise à nu, à la dépossession de l’esclavage. Dans les sillons, les crevasses, le relief accidenté de sa chair, l’Africain asservi retrouvait l’assurance de son humanité : une archive frémissante qui pourra, dans certaines circonstances (cérémonies mystiques clandestines, insurrections, marronnages, etc.), être déployée à travers toute une rythmique de résistance aussi bien chorégraphique que musicale.
C’est sans doute lorsqu’elle s’inscrit dans un territoire existentiel que la fécondité de la blessure est la plus manifeste, à l’image de cette ravine évoquée par l’artiste réunionnaise Florans Féliks : « C’est une faille intérieure autant qu’extérieure. La ravine c’est l’endroit où il y a la source, la mémoire, la trace des Marrons. (…) elle porte l’eau, les mémoires, les bœufs, elle porte les morts, les femmes qui vont laver. (…) Elle monte, elle descend, elle traverse l’île. C’est moins un lieu qu’une enjambée : comment aller vers l’autre bord, comment aller vers l’autre ? La faille c’est ce qui fait que l’autre ne pourra jamais être soi et vice versa, et cette faille-là est belle, et très douloureuse aussi… La ravine pour moi, c’est surtout un mouvement, un « enravinement », un mouvement vers l’autre ; quand c’est possible… »
C’est à partir de ce relief accidenté, de cette blessure féconde que s’est construit « Kaz kabar »1 , un lieu que Florans Féliks définit comme une « école bitasyon-fonnker ». La « bitasyon », en créole réunionnais, c’est l’endroit qu’on habite en étant habité par tout ce qui le peuple et par ses mémoires sédimentées. Le « fonnkèr », c’est ce qui jaillit du « fond du cœur » et donne lieu à des joutes poétiques. La « bitasyon-fonnkèr » met en œuvre l’impératif d’Hölderlin qui appelait à « habiter en poète ». Dans cette vie en correspondance avec les éléments, avec les ancêtres, avec les entités des mondes « malbars » (tamouls), « kafs » (malgaches, bantous…), etc., tout s’enchevêtre : l’art des tisaneurs et du jardin créole, le maloya (musique et danse), les thérapies, la transmission des savoir-faire (poterie, vannerie, construction en pisé…), tout s’intègre dans une écologie des pratiques et de l’écoute du milieu.
Cette implication dans l’utopie concrète de Kaz Kabar amène Florans Féliks à remettre en question la notion même d’artiste : « Dans ce lieu, je fais du social, je gère la technique, je plante, je forme, je n’ai pas forcément un statut d’artiste. L’œuvre pour moi, c’est l’habitat et l’habitant. Qui dois-je mettre sur le cartel ? Pour moi, ce qui est exposé, ce n’est pas l’œuvre, c’est la trace d’un œuvrer ensemble au fil des jours. » Dans ce questionnement du statut de l’art et de l’artiste, elle rejoint, à sa façon, les réflexions critiques d’Olivier Marboeuf pendant la table-ronde consacrée à la « transmission des histoires de l’art » : « on peut toujours dire qu’on va raconter une autre histoire de l’art, mais si elle repose sur les mêmes objectifs, les mêmes formes et le même marché, on aura simplement amélioré un système problématique. En fait, nous les ultramarins, on est là pour améliorer un système qui arrive à sa limite (…). On a jamais manqué de créateurs ultramarins, on a manqué d’infrastructures pour traduire une manière d’inscrire le geste artistique dans la société. (…) »
Dénètem Touam Bona
In bout lo tèks Par-delà l’Hexagone, la mer pour demeure, 2024
In komann Réseau documents d’artistes po lo ronkozé « Loin ne veut pas dire petit »
Lir lo tèks an antyé
Extrait de Par-delà l’Hexagone, la mer pour demeure, 2024
Texte commandé par le Réseau documents d’artistes à l’occasion des rencontres professionnelles « Loin ne veut pas dire petit », proposées dans le cadre du temps fort « Un Champs d’îles » dédié à la création contemporaine des Outre-mer qui a eu lieu à Marseille.
Lire le texte complet
- Avec notamment des artistes comme Danyèl Waro, Zanmari Baré ou encore Migline Paroumanou, et bien sûr les habitant·es de l’entour. ↩