Leïla Payet

MÀJ. 11.08.2026

Protocole i

Le Protocole i, 2015
Corpus Topographies de sucre
Protocole de dessin relationnel


Le Protocole i, 2015
Document numérique au format PDF, A4.

Topographies, 2015
Série de photographies numériques, dimensions variables.
Atelier à l’école Marcel-Pagnol à Terville (Moselle).
Topographies créées par les enfants en suivant Le Protocole i.


Portrait topographique, 2015
Vidéo, 4 min 39 s.

« Le geste performatif est au cœur du corpus Topographies de sucre. Mais ce geste fabrique, en plus de ces topographies éphémères, quelque chose de plus durable : les traces photographiques et vidéo.
Le protocole à la base de ces performances peut s’activer ou se réactiver à volonté, et produit chaque fois des formes différentes. »

Leïla Payet


« (…) Matériau récurrent dans sa production artistique de 2009 à 2015, le cube de sucre est une unité de construction qui permet à Leïla Payet de composer de petites architectures éphémères, du simple muret à la maison, jusqu’à leur assemblage en un ensemble plus vaste, comme une ville (Villesucre, 2011). Il est aussi le symbole de l’économie coloniale sur laquelle se sont bâties l’hégémonie occidentale et l’histoire de son île, dont les terres furent converties en champs de café puis de canne à sucre. Ces agencements en sucre, dont elle délègue également la fabrication à l’aide de modes d’emploi, ne sont jamais de véritables architectures à échelle réduite, mais plutôt des arrangements sommaires qui renvoient à « l’idée d’architecture ». L’artiste se concentre davantage sur l’acte de construire des espaces, plutôt que sur la structure architecturale en elle-même, car ce sont les notions de territorialisation et de déterritorialisation, au sens où l’évoquent Gilles Deleuze et Félix Guattari, qui l’intéressent : une « théorie des pratiques d’appropriation collective des milieux de vie, déterminant les modes de construction et de transformation de ces identités dans le devenir des formations sociales1  ». Construire sa maison, c’est se construire.
Cette ligne blanche de partage du sol scinde l’espace en deux : l’espace collectif d’un côté, l’espace intime de l’autre, la mince muraille matérialisant une bulle de protection. Partant de la performance, l’artiste glisse vers le « dessin relationnel » en permettant au public le plus large de s’approprier l’espace, dans une œuvre nommée Protocole i (2015). En combinant le dessin à l’idée d’interaction sociale, ce travail veut « mett[re] en évidence les comportements sociaux face à la notion de territoire ». L’artiste le définit en ces termes : « Ce que je nomme dessin relationnel est la mise en évidence par le tracé d’un espace invisible et/ou imaginaire2 . » Corps et espace sont mis en tension pour révéler les interactions spatiales mouvantes et les jeux de négociation permanents entre les individus. On les retrouve dans ses dessins sur papier, comme ceux de la série à l’encre et au feutre consacrée à ses proches Marie, Colette et Arthur (2010). Deux des dessins conservés à l’Artothèque de La Réunion présentent des corps sans têtes qui se meuvent et semblent se débattre. A contrario, un autre personnage doté d’une tête a perdu ses jambes. Des masses informes et inextricables plus ou moins grandes les surplombent, petits nuages auxquels se raccrocher, souffles d’air expulsés ou pensées ressassées ? Où sommes-nous ? Qui sommes-nous ? Et comment tenir ? »

Diana Madeleine
Extrait de Elle est une île : indicible et invisible, 2023
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L’emprunt, l’association ou l’achat, engage celle·ux intéressé·es à respecter le processus général de mon travail, soit à ouvrir la collaboration, le dialogue et/ou à engager ensemble la réalisation d’une ou plusieurs versions reformulées, qui pourra nécessiter une nouvelle production et ce, pour chaque réactivation (il s’agit d’un protocole dont le processus est sans fin, il est lieu d’accueil à la co-réalisation et à la ré-appropriation post-mortem).

  1. Guillaume Sibertin-Blanc, « Cartographie et territoires. La spatialité géographique comme analyseur des formes de subjectivité selon Gilles Deleuze », L’Espace géographique, t. 39, no 3, 2010, https://www.cairn.info/revue-espace-geographique-2010-3-page-225.htm.
  2. Citation extraite du document numérique de présentation de l’œuvre.