Leïla Payet

MÀJ . 25.10.2022

Leïla Payet travaille sur le « récit de fabrication » du territoire insulaire qu’elle habite. À partir d’un atlas de recherches contenant des réserves d’images et de données, elle compose des œuvres ouvertes et en dialogues. Celles-ci portent en partie sur ce que l’on nomme art « primitif » ou « exotique » et sur leurs modalités d’existence périphérique dans une pensée globalisée. Conçues comme des productions embryonnaires à partir d’un langage primaire, ses œuvres s’élaborent comme « des ritournelles, des émissions graphiques, des jets de la pensée ». Chaque corpus, dont le central No statues/No statut, explore ainsi les procédés de fabrication d’une pensée, d’un discours ou d’une image, portant des questionnements sensibles sur les « processus de créolisation » intimement liés à la colonisation et à la décolonisation. Une œuvre en travail, qui interroge nos « formes de voir » et soulève en creux une lutte pour la réhabilitation d’histoires, de langages et de territoires invisibilisés, contorsionnés, dépossédés.

Leïla Quillacq, extrait de texte et entretien avec l’artiste, pour documents d’artistes La Réunion, 2020.

Mots-clés

  • reformulation
  • archives
  • jeu
  • collage
  • cuisine
  • recettes
  • citation
  • mille-feuille
  • processus
  • composition
  • créolisation
  • nous

Champs de référence

Aimé Césaire, 1950, Discours sur le colonialisme
Édouard Glissant
André Malraux, 1947, Le Musée imaginaire
Umberto Eco, 1965, L’Œuvre ouverte
André Leroi-Gourhan, 1964-1965, Le Geste et la Parole
Chris Marker, Alain Resnais et Ghislain Cloquet, 1953, Les statues meurent aussi (rapport à l’archive comme reformulation d’une narration)
Gilles Deleuze
Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, « Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain », 2018
Henri Laborit, 1976, Éloge de la fuite
Jacques Rancière
Christine Buci-Glucksmann
Annie Le Brun
Marguerite Duras
Nathalie Béasse
Jun’ichirō Tanizaki
Antonio Gallego (travailler le groupe, fabriquer un « nous »)
Donna Haraway
Catherine Baÿ
Joris Lacoste
Maya Deren
Christian Ghasarian
Homi Bhabha, Third Space (théorie socio-linguistique post-coloniale)

Ma grand-mère

Écrit de l'artiste

Depuis 2008, je m’intéresse à la société à laquelle j’appartiens : l’île de La Réunion, territoire colonisé par défaut, puis par affection et issu des migrations, des fuites, des exils et finalement des intérêts économiques. La situation géographique et historique de l’île a fait d’elle d’abord un territoire physique façonné par la mer. Elle est à la fois un port, un lieu d’attente, un second choix, une zone de repli, une gare, une prison, un espace de stationnement, un garde-manger, un lieu de passage, une belle maîtresse. Ces différents changements d’états ont rendu le territoire particulièrement « liquide », c’est-à-dire propice au changement continu. Mon postulat en tant qu’artiste est de penser que si le territoire physique a été façonné par l’eau, le territoire psychique, c’est-à-dire la mémoire, l’est tout autant. Ainsi, mon corpus d’œuvres tente d’appréhender le « processus de créolisation » vu à travers le concept de « l’état liquide » défini par Deleuze. Cela consiste à faire un aller-retour entre la définition de ce processus de l’être par l’image, la pensée, et la création d’un récit expérimental plastique protéiforme, travaillé par le rêve permanent, tentant de rejoindre l’universelle variation…
Leïla Payet