Éloge de la fuite
Corpus Éloge de la fuite, 2018 - ∞
LA BELLE ARRANGÉE
Projection, cinéma Orson Welles, Maison de la culture, Amiens, 2019.
« Synopsis
Ce court-métrage brosse le portrait d’une femme créole en prise au mal-être de son époque. Elle est en quête d’une issue face à la violence, à la soumission imposée par le dominant, qui façonne son existence humiliante. Sa soif de liberté la mènera aux limites entre humanité et animalité. »
Leïla Payet
SAFRONIA
Safronia, 2019 - ∞
Synopsis dessiné, feutre sur papier.
« La chanson de Nina Simone, Four Women, brosse à travers quatre couplets le portrait de quatre femmes qui sont quatre stéréotypes, visibles au sein de la société afro-américaine des années 60 après avoir subi l’histoire de la traite esclavagiste et qui sont encore d’actualité dans les sociétés post-coloniales contemporaines.
En m’appuyant en trame de fond sur les archives existantes autour du marronnage, je développe un polyptyque de portraits, films expérimentaux de femmes, des personnages de fiction, inspirées de cette chanson de Nina Simone.
Pour fabriquer ces portraits de femmes je me réapproprie ces stéréotypes et j’utilise le thème de la fuite (Laborit). Ces portraits sont des symboles, les ambassadrices des postures identitaires douloureuses des femmes issues des sociétés post-coloniales ayant vécu l’esclavage.
Dans l’écriture du scénario de La belle arrangée, j’ai choisi de composer pour ces personnages une évasion, un marronnage, afin de symboliquement leur faire quitter leurs postures victimaires.
Safronia, elle, est issue du viol du maître sur son esclave et son identité flotte entre deux mondes.»
Leïla Payet
« Ma peau est jaune
Mes cheveux sont longs
Entre deux mondes
J’ai ma place
Mon père était riche et blanc
Il a forcé ma mère tard une nuit
Comment m’appelle-t-on ?
Je m’appelle Safronia
Safronia »
Traduit de Nina Simone, Four women, 1966 :
My skin is black
My arms are long
My hair is woolly
My back is strong
Strong enough to take the pain
Inflicted again and again
What do they call me
My name is AUNT SARAH
My name is Aunt Sarah
My skin is yellow
My hair is long
Between two worlds
I do belong
My father was rich and white
He forced my mother late one night
What do they call me
My name is SAFRONIA
My name is Safronia
My skin is tan
My hair is fine
My hips invite you
My mouth like wine
Whose little girl am I?
Anyone who has money to buy
What do they call me
My name is SWEET THING
My name is Sweet Thing
My skin is brown
My manner is tough
I’ll kill the first mother I see
My life has been rough
I’m awfully bitter these days
Because my parents were slaves
What do they call me
My name is PEACHES
Récit et construction de soi
« (…) Dans La belle arrangée (2018), un film qui met en scène les facettes d’une femme que ses blessures internes amènent à fuir dans l’espace reculé et vierge de la nature, le paysage réunionnais entre en résonance totale avec le personnage. Il est le théâtre d’un drame, l’écho lointain et sourd de la fuite des esclaves aux XVIIIe et XIXe siècles dans les hauteurs de l’île. Le court-métrage est un des opus d’une série de portraits inspirés de la chanson Four Women (1966) de Nina Simone, dont chaque couplet est dédié à une femme représentant l’un des stéréotypes associés à la société africaine-américaine des années 1960. La série de films est un travail non achevé produit en collaboration avec le vidéaste C.H.A. Chaque film est imaginé comme un portrait de femmes, des combattantes ou des figures de révolte contre le déterminisme. Safronia (2019), dont le synopsis a été entièrement dessiné1 , parle de la « maison originelle » et de la conception douloureuse de l’enfant issu du viol de l’esclave par le maître. La batarsité qui fonde la population réunionnaise porte le sceau de multiples violences corporelles et traumas. Une double négation de l’histoire, par le colon et le colonisé, qui rend la construction identitaire ardue. À l’incapacité de dire et d’être entendu, l’impossibilité d’être. La constitution d’un sujet est chevillée à l’autre. (…) »
Diana Madeleine
Extrait de Elle est une île : indicible et invisible, 2023
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L’emprunt, l’association ou l’achat, engage celle·ux intéressé·es à respecter le processus général de mon travail, soit à ouvrir la collaboration, le dialogue et/ou à engager ensemble la réalisation d’une ou plusieurs versions reformulées, qui pourra nécessiter une nouvelle production et ce, pour chaque réactivation (il s’agit d’un protocole dont le processus est sans fin, il est lieu d’accueil à la co-réalisation et à la ré-appropriation post-mortem).
- Les dessins ont été exposés à l’île Maurice lors de l’exposition BORDERLINE(S) organisée par le centre d’art The Third Dot en 2019. ↩